Les rues de Cannes prises d’assaut juste après l’heure de l’apéro. Des jeunes, des moins jeunes. Des branchés, des calés, des braillards fêtards. Certains touristes en goguette se demandaient peut-être ce qui attirait cet immense flot de badauds. Nous, on le savait déjà. En fait, on les attendait. Eux et la première soirée des Plages électroniques avec. Malgré quelques voix qui se sont élevées pour le dénoncer le trop de… tout (bruit, alcool, drogue : chacun son créneau), le Festival prend chaque année un peu plus de poids, franchissant désormais sans encombre la barre des 10 000 spectateurs. Sans faire autant de vagues dans la rubrique “faits divers” que certains l’imaginent.

En ouverture, tout le monde a été gâté. La soirée montait bien en puissance avec SlipmuzikSatellit etJack Beats. On se doutait qu’elle allait encore mieux finir. Juste après 23 heures, quand les corps étaient déjà bien transpirants et prêts à en découdre jusqu’au bout de la nuit, A-Trak a déboulé. 
Et tout retourné sur son passage. Juste avant de passer derrière les platines, ce Canadien né à Montréal, qui a notamment collaboré avec Kanye West ou Armand van Helden (le tandem a notamment réalisé deux cartons planétaires sous l’étiquette Duck Sauce avec Barbra Streisand et “Anyway”). Juste derrière la scène, calé sur un siège recouvert de cassettes audio, le jeune homme de 29 ans s’est avancé tranquillement. Chapeau orné d’une plume sur la tête, il a pris le temps de répondre aux questions (dont quelques-unes… originales d’un confrère sur sa coupe de cheveux). A-Trak ? C’est un peu le symbole du cool. Les mecs lui paieraient volontiers un coup au bar, les filles lui glisseraient bien quelques mots doux à l’oreille. Rencontre avec un touche-à-tout de génie.

Quelques jours avant de venir à Cannes, tu as joué en Belgique devant 60 000 personnes, entre les Black Eyed Peas et Iron Maiden. Hier (lundi), tu as passé la nuit au festival Calvi on the rocks. Comment fais-tu pour sentir l’ambiance, savoir quel set envoyer ?
En fait, j’ai plusieurs sets modulables, découpés en plusieurs morceaux. Je les agence en fonction de la vibe du jour, je m’adapte. Parfois ça peut être vraiment hip-hop et des fois plus techno ou disco-house.

Ca ne doit pas arriver souvent, mais que fais-tu si rien ne marche avec le public ?
J’envoie “Barbra Streisand” ! (il se gondole sur son tabouret en rigolant)

Justement, quand on commence à être très connu, on doit faire face à un nouveau “problème” : le fait que les gens attendent que tu passes le plus gros hit. Alors, comment se différencier des milliers de DJ’s qui tournent dans le monde ?
Mon truc, c’est le scratch. C’est mon identité. Je suis quand même un des seuls actuellement qui joue avec des vyniles, c’est ce qui me démarque. Dans certains festivals, où on se retrouve avec plein d’autres DJ’s, où tout le monde fait la même chose en passant les grosses “turbines” du moment, je suis content d’avoir ma technique et mes vyniles. Je me dis qu’à la fin, les spectateurs vont se dire : “Tiens, A-Trak, c’est le mec qui scratchait”.

Sur le Net, que ce soit avec Facebook ou Twitter, on peut presque te suivre à la trace. Mais aujourd’hui… rien ! Qu’est-ce qui t’es arrivé aujourd’hui ?
Ah, ben en fait, hier j’étais à Calvi. D’ailleurs, j’ai oublié d’enlever mon passe… J’ai joué jusqu’à sept heures du matin. Une heure après, j’étais à l’aéroport. Une fois qu’on m’a conduit ici, j’ai dormi ! Juste de 14 heures à 18 heures. Et quand je me suis réveillé, je devais avoir 1 000 textos et emails de personnes qui me demandaient où j’étais !

Alors que tu étais juste au fond de ton lit. Et ce soir, tu comptes sortir encore ?
Non, non ce soir je n’irai nulle part.

Malgré la fatigue, ça te plaît quand même, Cannes ?
Je suis toujours content de voir de nouveaux endroits, je n’avais jamais joué ici. Ca fait pluis d’une douzaine d’années que je fais des tournées, mais ça fait plaisir d’aller dans une ville que je connais pas. Pour moi qui suis francophone, c’est agréable d’être ici. Et puis ça change du cadre de mes autres shows, on est au bord de la plage. C’est cool !

Mais d’une ville à l’autre, d’un pays à l’autre, tu ressens vraiment une différence au niveau du public ?
Ce n’est jamais vraiment pareil. Jouer à Avignon ou Paris, ce n’est pasla même chose. Mais en fait, c’est vraiment une question de show. Maintenant, avec Internet, les blogs, Twitter, tout le monde suit un peu les mêmes trucs. Ce qui est étonnant, c’est qu’à Londres, par exemple, tu peux passer dans trois clubs différents et ne pas ressentir la même chose.

Quels sont tes meilleurs souvenirs de scène ?
Y’en a trop… Dans mes “highlights”, il y a forcément les DMC (les championnats du monde des DJ’s) que j’ai gagnés à 15 ans, quelques énormes soirées avec Kanye (West) et aussi certaines de Fool’s Gold, mon label.

Comme pour ta musique, on a l’impression que tu pioches dans tous les genres, tous les courants (Kid Cudi, Kavinski, Laidback Luke ou encore Crookers sont signés sur son label) pour Fool’s gold. C’est une volonté ?
Fool’s Gold, c’est vraiment mon projet, on fait des shows qui sont vraiment spéciaux. Je cherche pas à être trop éclectique, sinon ça deviendrait une caricature. Ce sont mes goûts qui dictent ça. L’idée c’est d’avoir un public qui nous fait confiance.

Un artiste que tu aimes en particulier parmi la scène française ?
J’aime vraiment Gesaffelstein

De ton côté, as-tu été inspiré par un artiste en particulier ?
En fait, j’ai commencé avec mon frère (David Macklovitch, du groupe Chromeo). Ensemble, on a bati un gros truc. Juste nous deux, les frangins versus the world. C’était le premier à me voir scratcher, il me donnait des conseils. On travaille toujours ensemble, on s’appelle cinq fois par jour.

Musicalement, qu’est-ce qui te fais rêver aujourd’hui ?
J’écoute un peu de tout. Beaucoup de hip-hop, bien sûr. Kanye West, Drake, Juicy G ou Lil Wayne. J’écoute des vieux morceaux, de l’electro. L’album de Caribou est un de ceux que j’ai préféré l’an dernier. J’aime autant les “gros trucs” comme Justice, Boys Noize ou Soulwax que Siriusmo. Parfois, je tombe des groupes anciens, comme Fleetwood Mac. J’aime beaucoup la funk, aussi.

Une véritable source d’inspiration pour Duck Sauce…
Au début, Duck Sauce c’était vraiment disco-house. On voulait faire un truc un peu french touch, mais euh… version New York. Plus on a avancé, plus on a trouvé notre propre identité. On s’est relâché et on a créé des tracks très ludiques, qui te font sourire et amènent un certain feeling, comme “Barbra Streisand”. Après, on en a d’autres moins disco. On sample des groupes de rock des années 80, des trucs italiens bizarres dont on arrive même pas à retrouve l’origine, des trucs médievaux aussi. Pour moi, ça c’est une approche hip-hop aussi.

Article précédemment publié sur hyperlocalnews.fr