Neuf ans que ça dure. Au début de l’été, alors qu’un doux parfum de vacances flotte dans l’air, les Nuits Carrées offrent leur lot de dépaysement. Un voyage musical où aucune contrée n’est négligée. Pop, rock, electro, soul, funk, hip-hop… Tout y passe d’une année à l’autre.

Dans l’amphithéâtre du Fort-Carré, à Antibes, on débarque souvent pour voir un artiste en particulier et repart avec de nouveaux coups de cœur. L’édition 2015 n’a pas échappé à la règle. On rembobine…

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Vendredi, 20 h 30. Le public arrive doucement dans les travées et Sage monte sur scène (nous avouons piteusement avoir manqué Benjamin Fincher, à qui nous avions consacré une interview il y a quelques mois). Un artiste que certains avaient déjà pu apprécier avec le groupe Revolver. Pour son premier festival de l’été, Ambroise Wuillaume, de son vrai nom, fait alors partager les titres de son premier EP solo, In Between, sorti octobre 2014.

Une voix haut perchée, presque angélique posée sur des ballades douces et mélancoliques, et accompagnée par Code, un quatuor d’instrument à cordes. Celui qui a collaboré avec Woodkid et The Shoes nous offre une entrée en matière avant la suite, survitaminée.

Sage

Hyphen Hyphen, trait d’union entre talent et jeunesse

La nuit est tombée, la foule grouille pour venir voir les papes du rap français, IAM. Mais avant d’entendre Akhenaton, Shurik’n et leur bande, quatre Azuréens s’emparent de la scène. Des signes indiens sur les visages et les bras, deux garçons, deux filles. La vague electro-pop des Hyphen Hyphen va déferler sur le littoral antibois.

Attirée par l’énergie du groupe, la fosse commence à danser. La chanteuse, Santa, tente alors un pari avec le public. « Ce soir, aux Nuits carrées, on va essayer d’arrondir les angles. Je veux tous vous voir danser. Même vous, les aristos assis dans les gradins ». Les intéressés apprécient la vanne et s’y mettent aussi.

Hyphen Hyphen, qui prévoit de sortir un album en septembre, présentait les titres de son EP éponyme. Just need your love, I see myself ou encore The fear is blue : autant de petites perles bourrées d’énergie qui ont fait mouche. Le temps où l’on évoquait seulement un bon petit groupe local est révolu. La route du succès semble dégagée pour les Niçois.

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Une dédicace à Christian E. pour patienter

Le chemin vers l’amphi du Fort-Carré, lui commence à être nettement plus saturé. Depuis le début de l’aventure Nuits Carrées, on n’a pas souvenir d’avoir vu une telle cohue. La faute aux Marseillais d’IAM. Autour du bar, ça bouchonne aussi.

Pendant ce temps-là, le rappeur de Vallauris Veust Lyricist prend possession de la scène avec sa team. La voix et les instrus lourds de celui qui a collaboré à plusieurs reprises avec AKH ne démérite pas, mais sa position dans le line-up n’est pas évidente.

Tout le monde attend les têtes d’affiche, qui ont permis à la soirée d’être « sold out ». Certains tendent tout de même l’oreille quand son acolyte Infinit’ balance Christian Estrosi, un titre qui avait bien fait grincer les dents du maire de Nice.

Veust Lyricist

IAM, démarrage en douceur avant le rush

Aux alentours de 23 h 20, la tension est au maximum. Une mosaïque composée de jeunes, de moins jeunes, de fans de hip-hop, de couples proprets et d’inévitables mecs vêtus du maillot de l’OM est tournée face à la scène. Ça joue des coudes pour trouver un peu de place.

Akhenaton arrive, accompagné de Moïse (habitué des featuring avec le groupe) et de DJ Daz. En effectif réduit, le démarrage (avec des titres solo du « boss » comme l’ancien Chaque jour et le récent Je suis en vie) n’est pas poussif, mais pas transcendant non plus.

Doit-on craindre une prestation au rabais délivrée par de vieux lions aux dents élimées ? Les doutes vont heureusement vite disparaître. Après ce petit échauffement, les vétérans du 13 retrouvent leur mordant lorsque Shurik’n fait son entrée. Le show peut vraiment commencer. AKH et lui balancent quelques-uns de leurs hits en solo (Métèque et mat, L’Americano pour l’un, Samouraï, La lettre pour l’autre).

Leur fraîcheur est étonnante. Les gaillards, rejoints par Kephren et par Veust sur certains titres prennent visiblement beaucoup de plaisir. Daz lance quelques instrus de hip-hop US sur lesquelles ses potes se font un plaisir de freestyler.

Demain c’est loin, formidable finish

La machine est lancée, le temps file comme l’éclair. Akhenaton appuie sur l’accélérateur, Shurik’n embraye direct. Les nouveaux morceaux d’IAM ne sont peut-être pas inoubliables, mais les classiques font toujours (beaucoup) d’effet. Veste Tacchini sur les épaules, AKH et les siens s’amusent sur Le mia. Le public connaît toutes les paroles et le fait savoir. Pareil pour Né sous la même étoile ou Petit frère

Sans sortir les muscles, les guns ou les sapes fashion, les pionniers font le job avec application, à l’ancienne. Akhenaton remercie ses fans du soir : « Antibes, c’est quand vous voulez ! Merci pour la sueur et les sourires ! »

Avant de partir, il a décidé d’enfoncer le clou avec sa team. C’est partir pour Demain c’est loin. Une merveille de 9’20 à laquelle Shurik’n commence par donner encore plus de relief en scandant les paroles a cappella. Le torrent de rimes s’abat sans répit. Le meilleur moyen de dire « au revoir ».

Akhenaton

Les douceurs de La fine équipe

Aux Nuits carrées, ce n’était pas encore le moment de couper le son. Ceux qui ne sont pas totalement repus ont l’occasion de finir en beauté avec les trois DJs de La fine équipe. Des beatmakers venus de Marseille et Paris qui ont joué une bonne partie des titres issus de leur dernier album, La boulangerie vol.3.

Par Jean-Henri Garelli et Jimmy Boursicot
Photos : Sébastien Botella

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