C’était il y a près de deux semaines. Autrement dit, une éternité dans notre monde hyperconnecté, toujours plus rapide. Mais avant de vous parler de cette avant-dernière soirée du Festival Crossover, on a voulu laisser murir un peu tout ça. Appuyer sur pause, pour une fois. Appelez ça du slow journalisme ou traitez-nous de feignasses, on ne vous en voudra pas.

Un rendez-vous à l’opéra de Nice, pour y entendre des airs que l’on aurait crus bannis à vie d’un antre respirant la solennité et la culture « autorisée », c’était déjà un événement en soi. Casser les barrières, changer les codes et susciter la curiosité : on ressentait à nouveau la patte du Panda (productions) et des instigateurs d’un festival aux mille visages.

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Merakhaazan, entre ciel et terre

Sans noeud pap’, mais avec notre enthousiasme en bandoulière, on découvrait la splendeur des lieux. Dorures, moulures, fresques murales, sièges rouges en velours… A peine le temps de franchir la barrière d’ouvreurs un brin tâtillons et on voyait Merakhaazan occuper la scène. Occuper, c’est le mot. Chemises et t-shirt noir, crâne luisant, il n’avait pas besoin d’artifice pour prendre possession des lieux.

Seul avec sa contrebasse, il tricotait des boucles complexes, mettait de l’électricité dans son vénérable instrument, guidant les spectateurs vers des sentiers rarement explorés. Une fois son passage terminé, Jean-Christophe Bournine (pour l’état-civil) ramenait tout le monde sur Terre en évoquant les menaces qui planent sur les intermittents du spectacle, dont il fait partie.

Brandt Brauer Frick, comme des poissons dans l’eau

On découvrait ensuite Brandt Brauer Frick, un trio berlinois (comme Moderat, programmé la veille au théâtre de Verdure) à l’aise comme un poisson dans l’eau au pied des balcons de l’opéra. Les Allemands, qui ont l’habitude de remplacer les habituelles boites à rythmes par de « vrais instruments », se sont cette fois présentés avec leurs platines et une batterie.

Alors que le public avait un peu de mal à savoir sur quel pied danser (« je me lève, t’es sûr ? »), Brandt Brauer Frick a réussi à lui transmettre son énergie. Plus question de rester engoncé dans son fauteuil. Tout près de la scène ou dans leur loge, les spectateurs remuaient la tête et commençaient à s’agiter. La partie était gagnée.

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S’il fut raccompagné par des applaudissements à sa sortie, James Holden, épaulé par le batteur Tom Page et le saxophoniste Etienne Jaumet, a parfois perdu en route l’assemblée. Mais il faut lui reconnaître le mérite de ne pas se contenter de dupliquer à l’infini les mêmes rythmes sans saveur.

Tel un bricoleur fou, les yeux rivés sur ses improbables machines « homemade », l’Anglais a trituré les sons, multiplié les expérimentations. De l’audace, toujours de l’audace.