Le plateau s’est embelli au fil des années, la recette n’a pas changé. Pour sa dixième édition, le Festival Nuits Carrées a encore réussi son savant dosage entre têtes d’affiche et belles promesses, réunies dans un amphithéâtre copieusement garni.

On y était et comme les autres spectateurs, on est reparti avec le smile, en se disant que ce « petit » festival antibois avait bien grandi. Sans crise de croissance, sans suffisance. Trêve de blabla, on vous raconte ce qui s’est passé par là jeudi et vendredi.

Le double effet Armelle Ita

On ne savait pas vraiment à quoi s’attendre avec Armelle Ita. Ça commençait en douceur, avec une chanson qui sonnait presque comme un hymne reggae baba cool, à base de « Stop la violence, stop l’individualité ». On a eu un peu peur, mais la suite nous a donné tort.

Ce trio, coup de cœur des Découvertes Nuits Carrées, nous emportera ensuite dans un univers jazzy teinté de sonorités africaines, avec des textes en français léchés.

On retiendra Tout bas, avec ses jeux de mots malicieux sur les notes, Nous partîmes 500 et ses airs de kora et des paroles actuelles, mais aussi Massaï Mossom.

Eléphant, tandem validé

Des duos qui font de l’electro-pop en français ? Il suffit de faire un rapide tour des gazettes branchouilles pour en dégotter tout un tas. Dans le lot, il faut savoir séparer le bon grain de l’ivraie. Eléphant, pour sa part, est très recommandable.

Ce tandem qui était autrefois un couple raconte sa séparation sur scène. Ça pourrait être plombant, mais c’est étonnamment sautillant. Lisa Wisznia et François Villevieille emballent le rythme, s’amusent presque de leurs maux en faisant claquer leurs lyrics, comme sur Touché coulé ou Respire.

Petite surprise pendant leur set avec cette cover inspirée de Validée, escapade zouk-love vocodée de l’ami Booba.

Oxmo Puccino, roi sans carrosse, mais pas sans panache

Après ces jeunes gens plutôt habiles quand il s’agit de jongler avec les mots, c’était au tour du roi de l’exercice d’entrer dans l’arène. Roi sans carrosse, jamais sans panache, Oxmo Puccino a déboulé dans un costume bleu azur.

« Chanceux, tout le monde s’est déplacé c’soir / Ce ne sont pas des histoires de p’tite star / Vos bras en l’air, c’est ma victoire », balance Oxmo dans Doux or die. Le mensongeur a vu juste, tous ses potos sont là.

Des classiques (J’ai mal au mic, L’enfant seul, Mama lova) aux dernières pépites de La voix lactée (Une chance, Slow life, Les potos), l’homme à la plume d’or régale, saveur Sucre pimentée.

C’est beau, ça brille, la scène s’illumine. Rares sont ceux qui pouvaient dire J’te connaissais pas à Monsieur Puccino avant le début de la soirée. Sébastien Hamard, le « boss » des Nuits Carrées a certifié qu’il lui avait couru après depuis la création du festival. Le jeu en valait la chandelle.

Chinese Man, en terrain conquis

Chinese Man, en revanche, avait déjà posé ses platines entre la mer et le Fort Carré. C’était en 2009 et les sampleurs fous n’avaient reçu aucun reproche. Au contraire. Zé Mateo et High Ku n’ont pas changé, ils ont toujours l’art de faire remuer la foule.

Lors de leur première visite, ils s’étaient chargés d’ôter leurs dernières forces aux festivaliers encore présents du côté du bar. Cette fois, ils ont eu droit de débouler en plein cœur de l’amphi, prêts pour un cours magistral de beats.

Sonorités du monde entier, obscurs échantillons de dialogues des années 30 : tout est bon pour augmenter la pression. Souvent programmés dans la région, les Marseillais ont encore réussi à surprendre.

Photos Jimmy Boursicot