Un sacré regroupement de talents, une politique tarifaire des plus douces (10 euros la soirée, 15 euros pour les deux) et un amphithéâtre du Fort-Carré au charme certain. Balayées par de chauds rayons de soleil, les Nuits carrées version 2014 avaient tout pour être réussies. Si tout s’est déroulé à merveille côté scène, le festival a néanmoins connu un coup d’arrêt.

Pour la première fois depuis sa création, l’événement a accusé une baisse de fréquentation. Sur les deux soirées de live, 4 000 entrées ont été vendues. Dans un communiqué, l’organisation, très transparente, a fait savoir qu’il en aurait fallu 1 500 de plus pour équilibrer son budget. Quelques heures avant la manifestation, les intermittents du spectacle avaient voté une grève symbolique. Sur place, ils arboraient le slogan « Carré-ment pas content ».

Dans ce contexte complexe, le festival aurait pu mettre un peu de temps à démarrer, englué dans une certaine morosité . Fort heureusement, la présence d’Isaya, un trio aixois qui fait dans la « folk chamanique », allait permettre à l’assemblée de s’évader rapidement de la pesanteur quotidienne. Jessica et Caroline Jeandon, sœurs jumelles épaulées par le contrebassiste Emmanuel Reymond, expédiaient tout le monde dans de lointaines contrées.

Kadebostany, étrange mais plaisant mélange

L’élégante pop de Saint Michel atterrissait dans des oreilles attentives. Les Versaillais, qui auront du mal à nier l’influence de leurs vénérables aînés, Phoenix, originaires de la même ville, ont réussi à canaliser un public habitué à monter progressivement en température.

Lorsque Kadebostany débarquait sur scène, on sentait que les Suisses n’avaiet nullement l’intention de calmer le jeu. Avec ses costumes militaires de pacotille, ses cuivres et sa chanteuse, Amina, branchée sur 100 000 volts, cette fanfare d’un drôle de genre lâchait les chevaux. Electro, phrasé rap, airs tout droit venus des Balkans : le mélange aurait pu virer à l’indigeste. Il était en fait des plus plaisants (plus que sur les albums du groupe, d’ailleurs).

Le rock alternatif de Balthazar et les gars de Jukebox champions, armés de leurs MPCs, permettaient aux festivaliers de jeter leurs dernières forces dans la bataille.

Le brio Kentaro

Le lendemain, le plateau était à nouveau bien garni, plein d’influences et de tonalités différentes. N’ayant pu être de la partie, on avait tout de même quelques complices dans la place. Tous sont repartis satisfaits. Et pour une fois, on a décidé de se fier au communiqué diffusé après l’événement. Car un organisateur qui ne cherche pas à camoufler une déconvenue est tout de même plus crédible qu’un autre. Voici les mots choisis par l’équipe de Label note pour évoquer les prestations du samedi.

« C’est Elodie Rama et ses ballades mélancoliques qui lançaient le deuxième acte du festival, suivie par la musique hybride de Sweatshop. L’univers envoûtant de Submotion Orchestra aura été la grosse révélation du soir. Le show sera assuré par Lords of The Underground dans un rôle taillé sur mesure pour ces dignes représentants du hip hop américain. Kentaro, quant à lui, a clôturé cette huitième édition avec une prestation ahurissante de technique et de créativité. »