Ça y est, Marsatac 2017 est digéré. Une semaine après, on ouvre notre carnet de notes, histoire de vous raconter tout ça. De manière partiale et partielle. Avec des anecdotes en toc et des lives plutôt top.

Vendredi 23 juin — Frangins belges, Pad thaï au piment et famille marseillaise

16 h 30 — On a 190 kilomètres à avaler pour rejoindre Marseille depuis Antibes. Sur l’A8, on fait péter le son à l’ancienne. Ce soir, la FF fait son come-back dans sa ville. Ça s’annonce bouillant. C’est parti pour un freestyle sur Mystère et suspense.

19 h 30 — Les sacs sont jetés à l’hôtel, où on ne s’attardera pas tellement pendant le week-end. Marsatac, ça ressemble à un marathon. Du bon 20 heures – 5 heures du mat’ pour les plus résistants. Direction le Parc Chanot. En toile de fond, le Vélodrome désert, sur lequel le logo du Festival est projeté.

20 heures — Devant les grilles, on repère les premiers foufous du look. La chaleur n’effraie pas ces deux potes venus en déguisement intégral de nounours. Ou ce papa qui a ressorti le maillot de l’OM (manches longues) des 90’s, époque Waddle et nuque longue. Ils craignent dégun.

20 h 35 — On roule, on rôde. On repère un peu les trois salles de ce Parc des Expositions auquel l’équipe du festival a tenté de donner une âme. Pas simple. Au Palais de l’Europe, Princess Nokia ne nous a pas attendus pour démarrer les hostilités. Spots rouge, thermomètre qui s’affole. On croirait dorer sur une plancha. La jeune lady déroule, déjà capable de sécher beaucoup de MC.

21 h 20 — Prise de conscience. Ce soir, impossible de tout voir. Il va falloir trancher dans le vif. Désolé, Demi Portion, mais on préfère prendre une pleine ration de Soulwax. Les frangins Dewaele débarquent façon rouleau compresseur, avec trois batteurs. De la frappe. Lumières blanches, rythmiques tortueuses. On oublie d’aller jouer les Marsupilami sur le Jump around de House of Pain.

22 heures — Rallumage du cerveau. Direction le Palais Phocéen pour le tout premier live de la carrière de The Blaze. Sensation du moment grâce à deux clips surprenants et un morceau dantesque (Territory), le tandem est attendu. Devant les crash barrières, ça sue sec. Les deux cousins se présentent l’un en face de l’autre, derrière leurs machines. Plongés dans des nappes colorées, ils réussissent leur baptême. Du moins, durant le temps qu’on a passé avec eux. L’heure tourne.

22 h 40 — Il fait environ 50 °C maintenant. Quoi, on n’est pas de Marseille, mais on peut exagérer quand même. Passage par la zone centrale recouverte de plaques d’herbe, juste devant le bar et les stands de bouffe. On fait un peu trop les marioles en balançant une grosse dose de piment dans notre pad thaï. Maintenant, il fait 50 °C pour de bon. Au moins dans notre bouche.

22 h 45 — Le live de la FF ne va pas tarder. On prend des forces, tant pis pour les alléchants Young Fathers, qu’on entend au loin. On laisse traîner nos oreilles plus près, ça vaut le coup aussi. Le sosie vocal de Bengous (le mec énervant qui fait des vidéos sur l’OM) est à côté de nous. « Mais t’y es où, t’y es sûreuh qu’y a qu’un bar ? » Sa voisine envoie du rêve aussi : « On m’a donné un acide, je vais casser le dancefloor. » Dans les parages, on entend aussi résonner une sonnerie de smartphone. Dans le club, de TTC. Il est temps de se lever.

23 heures — Comme un seul homme, une très grosse partie du public converge vers le Grand Palais. A renommer d’urgence Pic de la fournaise. On se poste devant la scène pour prendre des photos. « F.F. débarque / Coup d’cocktail explosif, lyrics corrosifs, la famille en furie. »  C’est bon et c’est chaud. Le son est carrément pourri, mais la Fonky Family se donne à fond. Sat, Don Choa, Le Rat Luciano, Menzo. Affamés comme des jeunes loups, enragés comme au premier jour. « On va pas vous décevoir », balancent-ils aux fans. Pas de mystère, pas de suspense, les gars du 13 régalent direct à domicile. « Et les mômes accrochent le son des canailles mauvais garçons ». L’heure et demie de concert passe à une vitesse folle. Faf Larage fait une apparition sur scène. La FF déballe ses classiques, quelqu’un craque un fumigène. Sans rémission met le feu, Art de rue enfonce le clou. Bam !

1 heure — On reprend nos esprits, De La Soul déboule. A quelques pas de là, Nicolas Jaar est déjà en place. Dilemme, encore et toujours. On reste sur place pour voir les Yankees cool. Des vétérans, pas des croulants, ça se constate aisément. Le show est aussi généreux que leur panse. On savoure jusqu’à la fin. Retour par la case Palais de l’Europe pour écouter Birdy Nam Nam. Puissant, mais aussi pompier. Depuis le départ de Pone, le collectif nous emballe bien moins. On fait la fine bouche et on décolle.

2 h 30 — On va voir AllttA, le projet de 20Syl (Hocus Pocus, C2C) et J. Medeiros. Un duo à l’image de cette soirée d’ouverture à Marsatac, savant mélange de musiques électroniques et de hip-hop pur jus. Les amis sont heureux d’arpenter la scène ensemble, ça se voit. Ça balance pas mal à Marseille et 20Syl donne toujours l’impression d’être le king du cool.

3 h 45 — Piteusement, on rend les armes avant le clap de fin.

Samedi 24 juin — Pogos, Jean-Luc Bennahmias et Sud-Africains allumés

22 h 15 — Pas forcément emballés par Adana Twins, ayant déjà croisé la route de Kid Francescoli, on se permet de prolonger l’apéro. L’hydratation étant primordiale en période de forte chaleur, on ne regrette pas ce geste santé réalisé avec soin.

22 h 45 — La frénésie suscitée par le come-back de la Fonky Family n’a pas d’équivalent ce deuxième soir. Mais la présence d’un lointain descendant a le mérite de rameuter une nouvelle génération de fans de rap. Le garçon en question, c’est Vald. Bien porté sur l’ironie. Quelques heures avant, il a joué le méga troll en enfilant son maillot du PSG dans les travées du Vélodrome. Celui qui dit toujours bonjour fait bouillonner le Grand Palais. Comme chez les rockeurs, ça part en pogos.

0 h 15 — Eviter de se jeter dans la mêlée était une bonne chose. Nos vieilles cannes fatiguent un peu, on poursuit la mission hydration. On n’est jamais trop prudent. Crochet par l’espace presse et son bar moins bondé. Un homme au crâne dégarni nous demande s’il peut prendre une chaise. Moment de flottement. La faute au houblon, ou pas, on croit le connaître. Concentration maximale. Eurêka ! C’est Jean-Luc Bennahmias, apparu comme un Ovni sur les écrans lors de la primaire de la gauche. On taille le bout de gras quelques minutes. Lui et sa compagne ont prévu d’aller écouter Die Antwoord. Juré, craché.

1 heure — Comme Jean-Luc, on décide de filer du côté où jouent les Sud-Africains. Ninja et Yolandi, gueules de toxicos rednecks aux penchants satanistes (oui, ça fait beaucoup pour deux personnes, mais…), sont avant tout des bêtes de scène. Depuis quelques années, on regarde leurs vidéos bien barrées avec un sourire en coin. Mais Die Antwoord, soit La réponse en afrikaans, ce n’est pas que de la rigolade. Le couple bastonne. Elle, intenable avec sa voix de Chipmunk dopé. Lui, rageur avec son débit mitraillette. Nos guiboles flageolent, Mr. Oizo nous ôtera nos dernières forces avec l’énergie qui le caractérise.

3 heures — Game over (pour nous). En guise de conclusion, on dira que le Parc Chanot a nettement moins de charme que la Friche Belle de mai. En revanche, on se montrera plus doux que ceux qui ont laissé des commentaires vengeurs sur la page Facebook du Festival…

Photos Jimmy Boursicot, Florent Loiseaux et Florian Gallène