Le crowdfunding, ou financement participatif dans la langue de Molière, fait désormais partie du paysage. Un jour ou l’autre, on a tous vu passer le message de ce contact qui avait absolument besoin de nous pour lancer sa micro-brasserie, sa fabrique de bijoux vintage ou encore son documentaire sur le golf en milieu urbain (si,si, ça existe).

Mais quand il s’agit de passer à l’action, certains peuvent encore avoir des réticences et surtout de grandes questions. Comment s’y prendre  ? Quelle somme viser ? A quoi destiner la somme récoltée ?

Leader européen du crowdfunding, KissKissBankBank a décidé de faire une pas vers ceux qui n’osent pas encore se lancer et qui tâtent le terrain. Jeudi dernier au Workhouse Café, à Nice, Fanny Havas était présente afin de délivrer de précieux conseils à des personnes susceptibles de démarrer une campagne.

Installée devant une tasse de café fumant, la responsable Paca a enchaîné les rendez-vous lors de cet événement baptisé KissKissDating.

A l’heure du goûter, celle qui est notamment chargé de l’accompagnement des porteurs de projets a même fait du rab’ pour nous. Et soudain, l’univers parfois insondable du crowdfunding nous a semblé plus clair.

Si vous êtes vraiment intéressés par le sujet, sachez qu’une session de formation, durant laquelle les règles d’or du crowdfunding seront abordées, aura lieu le 14 avril prochain (de 9 heures à 11 heures), à l’espace de coworking Les Satellites, toujours à Nice.

En attendant, on se concentre et on « écoute » Fanny Havas nous éclairer sur les grandes lignes du financement participatif.

En quête de fonds… et de fond

« On n’est pas dans une posture où on viendrait mendier. L’idée, c’est plutôt d’avoir un réel projet collectif, de montrer qu’il y a un intérêt à ce qu’il se réalise. On prend souvent en exemple la Statue de la liberté, dont le socle n’était pas financé par le Congrès américain. Ce sont les classes moyennes aisées qui ont fini par le payer. C’est un élément assez fort. A l’époque, sans internet évidemment, c’est le New York Times qui a permis de lancer l’appel aux dons. »

« Aujourd’hui, le principe du crowdfunding est resté le même. On a la possibilité de bâtir quelque chose qui va servir à tout le monde, mais il manque tant pour y arriver. Il faut intégrer que le crowdfunding, c’est la dernière marche du projet. C’est très important. Si vous voulez créer un lieu, il faut par exemple déjà avoir le bail, les premiers mois de loyer, etc. »

« En plus de cela, on entre en relation avec des acheteurs ou testeurs potentiels, qui font des retours immédiats, avant la finalisation d’un produit par exemple. Ça permet déjà faire une étude de marché. »

« Au départ, on vient chercher de l’argent.  Mais avec le crowdfunding, on repart avec plus qu’un financement. C’est une chose qu’il faut comprendre. »

Le crowdfunding, pour qui ?

« Il y a une modération de tous les projets. 85 000 projets ont été postés chez nous depuis la création de KissKissBankBank, en 2009. 25 000 ont été publiés. Et le taux de réussite des campagnes est de 67%. Les chiffres s’améliorent avec le temps. En Rhône-Alpes, depuis qu’un accompagnateur a été mis en place, le taux de succès a grimpé à 80%. »

« Tout le monde peut se lancer. Il faut proposer quelque chose de créatif, d’innovant ou de solidaire, qui se veut intéressant pour la communauté. En revanche, on ne peut pas tenter de financer un projet trop personnel, comme l’achat d’un instrument de musique coûteux par exemple. »

« Un particulier peut tester le terrain autour d’une idée. Une entreprise peut proposer un nouveau produit. Des associations bien installées ont également recours à nos services. C’est notamment le cas d’Inter-Made, à Marseille. Elle existe depuis 15 ans, c’est la première couveuse d’entreprises solidaires. Son rôle, c’est d’accompagner une communauté de porteurs de projets qui font dans l’innovation sociale. L’asso veut financer l’ouverture d’un lieu de coworking à la Friche de la Belle de Mai. »

L’importance de la communication et des réseaux

« Certains projets ont une belle présentation, très graphique. C’est un peu le jeu du crowdfunding et ça permet aux porteurs de buzzer rapidement. On conseille à tout le monde de faire un effort en matière de communication. Mais après, ce n’est pas parce qu’on n’a pas de page Facebook ou une charte graphique soignée qu’on ne peut pas se lancer… »

« C’est notamment le cas des associations. Elles, elles sont dans tous les réseaux, elles ont des membres qu’elles ont l’habitude de solliciter et elles savent mettre en place une chaîne de solidarité. Je pense à la campagne « Des jus pour sauver nos emplois », qui demandait 40 000 euros pour préserver 5 postes. La photo était prise à l’arrache, ils n’étaient pas présents sur Facebook. Et pourtant, ça a marché. Plus que l’aspect graphique d’un projet, ça va être l’implantation dans les réseaux personnels qui vont déterminer ses chances de réussite. »

« L’argent ne tombe pas du ciel. Souvent, on fait l’erreur de penser que la campagne est sur le Net, que tout le monde va la voir. Mais en fait, il faut partager les liens, faire parler de soi au maximum. »

« En clair, si vous avez un très beau projet, mais que vous ne connaissez personne, vous n’aurez pas les leviers de communication nécessaires. Tout ce travail, il doit être fait bien en amont du lancement de la campagne. »

« La posture du porteur de projet est essentielle. Quand on s’engage personnellement, qu’on y met ses tripes, on a plus que du financement, on mobilise une communauté, on implique des gens. Le ton employé, l’authenticité ou encore des contreparties qui sont sympathiques font souvent la différence. »

Les médias, indispensables pour toucher un nouveau cercle

« Au-delà de ça, le lancement d’une campagne est un événement en soi. Il attire l’attention de la presse sur vous, c’est une nouveauté. Le concept du crowdfunding s’est largement démocratisé dans les médias traditionnels, aucun souci à ce niveau. »

« Quand on touche la presse, on vient avec l’envie d’atteindre un autre cercle, celui des personnes qui n’avaient pas du tout entendu parler du projet. Les blogueurs et les influenceurs sont également très importants, parce qu’ils partagent les mêmes centres d’intérêt avec leur communauté. »

Quelle somme demander, et pour quoi faire ?

« Dès le début, on s’attache à bien définir la durée de la campagne, son titre, son objet de exact. De notre côté, on sait qu’il y a des choses plus simples à financer que d’autres. C’est très dur de trouver de l’argent pour de la formation ou du recrutement. C’est plus facile de financer des biens matériels. »

« Le montant moyen collecté sur les plateformes, c’est 5 000 euros. Avec les réseaux sociaux, on peut tous plus ou moins avoir 1 000 contacts. Et on considère qu’une centaine d’entre eux deviendront des donateurs, avec une somme de 50 euros en moyenne. »

« En sachant cela, si on veut viser plus, il faut voir dans quel réseau on est implanté. Pour les grosses campagnes, je fais une étude de la communauté avec des outils précis. »

« La méthode, c’est tout ou rien. Si vous n’atteignez pas le montant visé, tous les contributeurs sont remboursés. Cette règle a été mise en place pour deux raisons. La première, c’est que lorsque vous avez un objectif à atteindre, tout le monde va vouloir vous aider à y arriver, la mobilisation sera plus importante. La deuxième, c’est qu’on ne peut pas savoir ce que vous allez réellement faire si vous n’avez que la moitié de la somme. Il faut qu’il y ait de la transparence envers les contributeurs. »

Quelle forme donner aux contreparties ?

« Il faut que l’échange soit raisonnable. Il faut qu’il y ait une concordance entre la somme demandée et la valeur émotionnelle de l’échange. Certains peuvent faire d’un pin’s à 10 euros le meilleur objet du monde en faisant de vous un vrai ambassadeur du projet. L’important, c’est de mettre de la passion dans cet échange. »

« Il y a quatre types de contreparties. L’équipe du film « Demain », qui a levé 444 000 euros, a affiché la photo de chaque contributeur dans son générique. C’est une contrepartie « gratitude ». Le donateur existe dans le produit fini. Très simple, mais très fort. »

« La deuxième possibilité, c’est de faire de la prévente, à des prix plus avantageux pour les premiers soutiens. Les créateurs de Shelter, une marque de lunettes artisanales basée à Annecy, ont proposé leur nouvelle gamme sur KissKissBankBank. Ils ont levé 25 000 euros et ils ont pu vérifier si le public était prêt à payer le prix fixé. »

« On peut aussi proposer de partager son savoir-faire en guise de contrepartie. Un vigneron peut par exemple emmener des contributeurs sur son domaine pour leur expliquer tout le processus de fabrication. »

« Et enfin, il y a le petit truc qui ne s’achète nulle part ailleurs que sur la page de crowdunfing. Là, c’est le côté rigolo. On vend quelque chose d’invendable. C’est ce qu’ont fait les instigateurs du documentaire « Mokele-Mbembe : Sur les traces du dernier dinosaure ». Ce dinosaure, c’est un mythe originaire de la région du Bassin du Congo, comparable au monstre du Loch Ness. En fait, l’équipe de tournage qui est parti sur ses traces a eu une idée très originale. Elle proposait de filmer sur place et de retransmettre les images via des webcams dans votre salon pour vous permettre de chercher ce fameux dinosaure en leur compagnie. Pas mal pour frimer avec ses potes, non ? »

« Il y a également eu un club de foot qui proposait à un très généreux donateur d’ériger une statue de lui devant son stade s’il versait 5 millions d’euros. En prime, ils promettaient de recruter Ronaldinho. Evidemment, personne n’a mis les 5 millions. Mais ça a permis au club de faire parler de lui. »

Comment gérer le tempo de sa campagne ?

« Créer un effet de rareté ou d’urgence, c’est bien. C’est comme ça qu’on casse l’inertie autour d’un projet. Quand on lance une campagne, on est à fond. Mais autour, les gens n’ont pas la même temporalité. »

« Il ne faut pas être trop pressé. Au démarrage de la campagne, il faut éviter de partager le lien si le compteur est à 0%. L’idée, c’est d’abord de diffuser en cercle fermé et de s’assurer qu’il y a des dons. Tout en demandant à ses amis de faire des retours, afin de vérifier si tout est clair et cohérent dans le messages. »

« C’est très important de voir si la campagne plaît. Pour récupérer le temps passé sur cette étape, vous pouvez allonger la durée de la collecte de deux ou trois jours. »

« Après, vous pourrez partager publiquement votre campagne, avec un compteur qui a déjà grimpé. Cela vous permettra de transmettre une image plus positive. Il ne faut pas avoir peur d’amorcer la campagne en demandant à la famille ou aux proches de mettre la main au portefeuille. »


Pour plus d’infos, vous pouvez contacter Fanny Havas ou 06 59 85 07 43 ou par mail : fanny.havas@kisskissbankbank.com