Dix soirées pour une odyssée musicale où les rythmes se croisent, se téléscopent et se mélangent. Dix soirées où la magie de Juan fait souvent son effet. Pour la 54e année, des pointures du jazz, mais aussi de la soul ou encore du funk, ont défilé dans la Pinède Gould. Un écrin de rêve, avec la mer en guise de toile de fond et les étoiles pour plafond.

Alors oui, on vous l’accorde, Jazz à Juan n’est pas le festival le plus remuant du pays. Et même quand les artistes sont « on fire », les spectateurs mettent souvent un bon moment à quitter leur siège. Mais cela n’enlève rien, ou pas grand chose, à la qualité des spectacles. Cet été, les grands moments ont été légion. On rembobine.

Stevie Wonder superstar

C’était LA grande star de cette édition. Dès leur mise en vente, les places pour le concert du grand Stevie sont parties comme des petits pains. Il faut dire qu’en l’espace de… 53 ans de carrière (Wonder a commencé à jouer à 11 ans avec le label Motown), l’artiste a eu le temps de séduire des générations entières.

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Dans la Pinède, sa prestation, débutée avec 45 bonnes minutes de retard, était pleine de générosité.Même si certaines de ses impros n’ont pas fait mouche, Stevie Wonder a délivré des ondes de joies aux 4 000 personnes présentes. Avant lui, le très talentueux Gregory Porter (venu avec son étonnante casquette-cagoule dont il ne se sépare jamais) a prouvé qu’il possédait certainement la plus belle voix masculine du jazz actuel.

Joss Stone comme chez elle

Certaines doivent sacrément lui en vouloir. Joss Stone est excessivement belle, naturelle, amusante… Et (surtout) elle est capable de captiver un public entier, de le toucher au cœur et au corps, comme savaient le faire les « soul sisters » de la grande époque. Sans prétention, si ce n’est celle de faire passer un moment à part à ceux venus l’écouter, celle qui a décidé de quitter le giron des majors pour tracer sa propre route est devenue l’un des soleils de Juan.

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Le même soir, Booker T. Jones, l’une des figures du label Stax, a parfaitement tenu son rôle. Des airs de R’n’B, des élans gospel et une magnifique prestance : même après avoir fait son entrée au « Rock & roll hall of fame », ce monsieur âgé de 70 ans n’est pas encore à ranger au musée.

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La troisième protagoniste de cette soirée se nommait Imelda May, une Irlandaise gouailleuse naviguant rockabilly, pop rétro, blues, jazz mais aussi post punk. Loin de se contenter de jouer les passe-plats pour la miss Stone, elle a réussi à faire s’encanailler le très sage auditoire juanais.

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Jamie Cullum, un pont entre deux mondes

Jamie Cullum, lui, a l’habitude de semer la zizanie à Juan. Invité régulier du festival, le Britannique incarne à lui seul le nouveau visage d’un genre trop souvent engoncé dans ses certitudes. Sans rogner sur la qualité, Cullum sait sortir du cadre pour mieux convaincre et dépasser les frontières, toujours en quête d’invention et de lien avec la foule.

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 Niles Rodgers, toujours « lucky »

En voilà un autre qui a su briser le mur des générations. En compagnie des Daft Punk, Nile Rodgers est revenu sur le devant de la scène. En compagnie des vieux routiers de Chic, Rodgers a transformé Juan en dancefloor géant, comme aux plus belles heures des coupes afro et des boules à facettes. Pas blasé pour un sou, le producteur aux mille succès faisait plaisir à voir.

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Chick Corea et Stanley Clarke, « partners in crime »

Et le jazz, le « vrai », dans tout ça, direz-vous. Eh bien, il y en a eu, évidemment. Avec le guitariste George Benson, le All stars composé de Stefano Di Battista, Eric Legnini, Richard Bona et Manu Katché, ou encore avec Chick Corea et Stanley Clarke. Respectivement âgés de 73 et 63 ans, les deux hommes ont roulé leur bosse sur toutes les plus grandes scène du monde. Le clavieriste et le bassiste, qui se côtoient depuis les années 70, ont fait preuve d’une épatante complicité.

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Photos : Gilles Lefrancq/Ville d’Antibes et Jimmy Boursicot