Entré dans le cercle des quinquas depuis l’année dernière, Jazz à Juan est le plus ancien des festivals européens dédiés à la note bleue. Après tant d’années de service, on pourrait craindre l’embourgeoisement, comme dans ces pièces où les beaux meubles prennent un peu trop la poussière. En fait, c’est plutôt l’inverse qui se produit. Passé sous la direction artistique de Jean-René Palacio (qui a remplacé Harry Lapp, désormais en charge du Nice Jazz Festival) depuis 2010, le rendez-vous juanais a trouvé un nouveau souffle. Vendredi soir, pour la deuxième soirée de l’édition 2011, c’est une escouade de All-stars (Herbie Hancock, Marcus Miller, Wayne Shorter) qui a débarqué à la Pinède qui a débarqué pour rendre hommage au génie de Miles Davis.

Derrière les affiches grandiloquentes, tapageuses où le mot “hommage” s’étale en lettres grasses, on peut s’attendre à tout. A la bouillie infâme de zikos qui, en croyant saluer le talent de leurs idoles, n’offrent qu’une copie “Made in Taïwan” de l’objet de leurs rêveries. On peut aussi avoir droit à quelque chose de très propre, à une prestation proche de l’originale, la fraîcheur et l’inattendu en moins.
Et puis on peut avoir du bol. Tomber sur des cracks, capables de jouer les notes de tout le monde comme personne. Vendredi soir à la Pinède, il n’était pas question de tomber dans le karaoké jazzy. Pas le genre des légendes invitées à saluer la mémoire de Miles, sûrement en train de planer sur le rivage de la Méditerranée.

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“Bitches brew”, quarante ans après

Durant la première moitié de la soirée, c’est la période électrique du trompettiste mythique qui a été mise en lumière sur une scène où la mer sert de toile de fond. Cornaquée par Wallace Roney, la formation “Bitches brew beyond”, où l’on retrouvait plusieurs anciens ayant joué avec Miles Davis (Al Foster à la batterie, Bernie Maupin à la clarinette) revisitait donc “Bitches brew”, album sorti en 1971. Roney, couvé par Davis quand il était jeune (il possède encore plusieurs  de ses trompettes), n’a pas trahi l’esprit de son maître. Orageuse, tourmentée et amplifiée, la prestation de l’ensemble avait de l’allure. Elle pouvait néanmoins surprendre et provoquer des haut-le-cœur chez tous ceux qui auraient aimé effacer cette époque de l’histoire de Miles, que certains trouvaient trop “facile”, “impure”. Retrospectivement, ces morceaux d’anthologies du jazz fusion (ou jazz rock) ont reçu plus d’approbation, devenant parfois culte. Mais dans les allées juanaises, il n’aurait sans doute pas fallu insister beaucoup pour relancer le débat.

Masters at work

Quoi qu’il en soit, même si chacun aime un visage différent du géant disparu en 1991, la passion qui entoure le natif d’Alton, Illinois, est toujours aussi vibrante. Comme lors des soirées où le monstre sacré avait été acclamé par le public de Juan, il était impossible de trouver un siège vide. Le long du promenoir, il fallait même se tordre le cou pour apercevoir un coin de scène. Au pied de celle-ci, les photographes s’agglutinaient pendant les courtes minutes de “shooting” qui leur avaient été accordées.
Sous le feu de leurs objectifs, le plateau semblait presque irréel. Au piano, Herbie Hancock. Au saxophone, Wayne Shorter. Respectivement âgés de 71 et 78 ans, les deux hommes ont marqué de leur empreinte l’histoire de la musique. A la basse, et à l’origine de cette réunion de All-stars, Marcus Miller, qui fait actuellement partie des “patrons” du jazz. Celui qui avait écrit le thème de “Tutu” pour Miles Davis détaillait son projet à la foule : “Nous jouons la musique d’un film que Miles aurait aimé faire”.
Traversant les époques sans obstacle, démontrant une étonnant complicité et une maîtrise qui l’était beaucoup moins, le trio créait, recréait et magnifiait la musique du mythe.
Un mythe dont Sean Jones, originaire de l’Ohio, était chargé de tenir le poste. Sans se lancer dans un concours de copier-coller mais avec brio, ce dernier a relevé le défi, appuyé par la batterie de Sean Rickman.
Parfois très timide, plus enclin à écouter qu’à accompagner de sa fougue les artistes, le public se laissait gagner par l’énergie claire qui émanait de la scène. Faisant la claque entre chaque pause, les Juanais réservaient une incroyable ovation à Miller et son band. Il était déjà plus de minuit et on se laissait dire que Miles Davis, souvent rude avec ses sidemen, aurait tout de même laché un “good job” à ceux-là.

Une exposition photo à la médiathèque d’Antibes

Jusqu’au 27 août, la médiathèque d’Antibes organise une exposition de clichés du trompettiste de légende. Ces photos ont été prises par Maurice Bernaudon, ancien photographe de Nice-Matin, qui a eu l’occasion d’immortaliser le musicien durant ses multiples concerts à Jazz à Juan.

Article précédemment publié sur hyperlocalnews.fr