Les fans inconditionnels de Shenmue (vidéo ci-dessous) attendaient cela depuis près de 15 ans. Ils peuvent être soulagés : le troisième volet de ce jeu vidéo d’aventure culte, qui était à l’époque sorti sur Dreamcast, verra bel et bien le jour. La campagne de crowdfunding, lancée sur Kickstarter mi-juin, a été un grand succès.

1 heure et 42 minutes après son lancement, Shenmue 3 avait atteint la barre du million de dollars. Un record pour un jeu et seulement la deuxième fois que cela se produisait sur la plateforme de financement participatif.

32 jours plus tard, le compteur avait grimpé jusqu’à 6 333 295 millions de dollars, donnés par 69 320 contributeurs. Soit plus de trois fois plus que la somme demandée initialement. Et surtout le plus gros montant jamais récolté pour un jeu vidéo de cette manière.

D’ici la fin de l’année 2017, les gamers devraient pouvoir tester ce nouvel opus, sur PS4 et sur PC. A l’origine de ce succès, on retrouve Shibuya Productions, une société installée à Monaco. C’est elle, en collaboration avec Yu Suzuki, le créateur de l’univers de Shenmue, qui a rendu cette renaissance possible.

Depuis son bureau sans fioritures et sans clim’ (mais avec une figurine de Ikki, un personnage des Chevaliers du zodiaque) de la rue Bellevue, Cédric Biscay, le patron de Shibuya Productions, affiche la mine réjouie de celui qui vient de réussir un joli coup.

« En tant que co-producteurs (avec YS Net, le studio de Suzuki), nous avions pour mission de trouver des investisseurs privés. Mais sans la campagne Kickstarter, le projet n’aurait pas pu voir le jour. Honnêtement, on savait qu’on arriverait sans problème à 2 millions de dollars. En revanche, on ne pensait pas grimper aussi haut. C’est une très belle surprise. »

Une petite boite dans la cour des grands

Pour autant, le natif de Nice sait que la route est encore longue. Et que l’attente autour de cette sortie est importante :

« On s’est rendu compte qu’il n’y avait pas que les fans hardcore qui avaient donné de l’argent. Au fur et à mesure, un gros buzz s’est organisé, de nombreux articles ont été publiés par la presse internationale. Et des gens qui étaient trop jeunes pour avoir joué aux deux premiers épisodes s’y sont intéressés. »

Cédric Biscay entretient des relations fortes avec le Japon depuis 2002, année où il a lancé Shibuya International, son entreprise de conseil connectant les sociétés de l’Hexagone et celles du Soleil levant.

 

CedTrone

S’il a déjà collaboré avec de grandes multinationales comme BNP Paribas, Deutsche Telekom ou encore Namco Bandai, l’homme âgé de 35 ans avoue qu’il est lui-même étonné de pouvoir être aux manettes d’un projet de cette envergure.

 

« C’est un vrai pari pour nous. Le terme ‘coup de poker’ serait un peu fort, parce que les risques sont mesurés. Mais normalement, une entreprise de cinq personnes comme la nôtre ne se retrouve pas dans une aventure comme ça. Pour l’instant, on avance sans faire d’erreur, on a acquis une certaine crédibilité au Japon et cela nous ouvre des portes. »

Une série culte, pas un succès commercial

Lors de l’E3, le grand raout mondial du jeu vidéo durant laquelle l’opération « résurrection » de Shenmue a été officialisée, Cédric Biscay a été surpris de voir la réaction des personnes présentes. « Il y avait des fans et des journalistes. Quand ils ont appris que le troisième volet allait sortir, certains se sont mis à pleurer, c’était énorme. »

 

Le signe que les deux premiers épisodes, qui avaient pourtant été considérés comme des échecs commerciaux, eu égard à l’investissement colossal qu’ils avaient nécessité (70 millions de dollars pour le premier, ce qui en fait le huitième jeu le plus cher de l’Histoire), ont fédéré une fidèle communauté de joueurs. Forcément très exigeants.

 

« A l’image de Sega avec sa Dreamcast, Yu Suzuki et son équipe n’avaient pas été récompensés. A l’époque, Shenmue était une révolution, avec l’apparition du concept de monde ouvert, un système de combat en 3D et surtout une histoire profonde, d’une grande sensibilité. Depuis tout ce temps, Suzuki attendait de pouvoir faire une suite. Il a très envie de réussir son retour et de proposer de nouvelles mécaniques de jeu. C’est un visionnaire. »

Et maintenant, une campagne PayPal pour gonfler le budget

S’il lui arrive de partager avec Suzuki ses opinions concernant les éléments à incorporer dans Shenmue 3, Cédric Biscay est avant tout en charge du volet financier du projet. Et pour mettre le « maestro » Suzuki et son studio dans les meilleures conditions, il doit encore faire gonfler la cagnotte.

Fin juin, le réalisateur japonais avait déclaré ceci lors d’une session de chat sur Reddit : « Si nous atteignons les 5 millions de dollars, l’une des choses que je veux vraiment faire avec Shenmue III deviendra réalité. A 10 millions de dollars, le jeu aura vraiment les fonctionnalités d’un monde ouvert. »

 

 

Afin de s’approcher de ce montant, une campagne de financement via le système de paiement en ligne PayPal va bientôt démarrer. Par ce biais, certains titres comme BloodstainedTorment ou encore Star Citizen ont déjà réussi à réunir de très belles sommes. Le dernier nommé en est aujourd’hui à… 85,2 millions de dollars.