Leonard Gardner, un roman au compteur pour autant de succès. Récompensé du National Book Award en 1969, celui qui a grandi à Stockton, cité désenchantée de la Californie, n’a jamais tenté de raconter une autre histoire après Fat city.

Pourquoi ? Parce qu’il n’en avait aucune autre en stock, c’est tout. Son parcours de boxeur amateur, stoppé sans éclat à 24 ans, lui a tout de même offert une chance incroyable.

Celle de pouvoir mettre son nez (cassé, évidemment) dans les salles d’entraînement anonymes, dans les vestiaires poisseux aux relents de savon bas de gamme et de vêtements gorgés de sueur.

C’est comme ça, en côtoyant les entraîneurs rincés et les managers aux costumes élimés, qu’il a pu nourrir son récit, planté dans le Stockton de la fin des années 50. Un texte d’à peine plus de 200 pages, sans gras superflu sur la balance.

Force et noirceur

Là où d’autres auraient choisi de mettre en mots la destinée hors-norme d’un boxeur parti de rien, Gardner prend comme « héros » deux galériens des rings, Billy Tully et Ernie Munger.

L’un a déjà eu droit à sa médiocre heure de gloire, l’autre affiche de belles promesses. Pour le moment. Dans Fat city, les lumières de Vegas et les millions de dollars qui vont avec sont loin.

Ici, on se glisse sous entre les cordes comme on irait au charbon. On encaisse les droites pour encaisser un chèque toujours trop maigre. On vient trimer au gymnase avant de s’accrocher à une bouteille de whisky.

Tully et Munger sont souvent seuls, ou alors mal accompagnés. Leonard Gardner déroule leurs déboires avec force et noirceur.

Les éclaircies sont souvent suivies d’un épais brouillard, les soirées de victoire laissent la place à de longs huis clos dans des hôtels miteux. C’est tellement laid que cela en devient beau.

A noter qu’en 1972, John Huston a fait de Fat city un long métrage (La Dernière chance en VF), avec Stacy Keach et Jeff Bridges.

Extrait (p.78) :

 

« Certains venaient un jour à l’entraînement, pour disparaître les deux jours suivants, combattaient une fois pour abandonner ensuite, perdaient leur timing, réapparaissaient, se donnaient un mal de chien pour retrouver la forme, s’essoufflaient, flanchaient et se faisaient battre, ou encore gagnaient une série de combats puis décidaient de se marier, allaient vivre ailleurs, étaient obligés de partir faire leur service militaire, s’engageaient dans la Marine, allaient en prison, souffraient d’hémorragies, de migraines, de diplopie, ou se fracturaient les mains. Ils étaient nombreux, ceux qui finissaient par s’apercevoir qu’ils n’avaient rien de ce qui fait un boxeur, et ceux qui, sans explication, cessaient un beau jour de paraître au gymnase et dont Ruben n’entendait plus jamais parler. »


Fat city, de Leonard Gardner. Traduction de Pierre Girard – Editions Tristram, 214 pages – 8,95 euros.