A 49 ans, Mike Horn, né en Afrique du Sud et naturalisé suisse, a consacré la moitié de sa vie à l’aventure. Il a descendu l’Amazone, fait le tour du monde par l’Équateur, bouclé le tour du pôle Nord, s’est attaqué à des sommets de l’Himalaya et a arpentél’Antarctique avec S.A.S. le prince Albert de Monaco.

C’est cette proximité avec le souverain, mais aussi le soutien apporté par le Yacht Club de Monaco (YCM), qui a décidé Mike Horn à lancer son nouveau défi, Pole 2 Pole 360, depuis la principauté, ce dimanche.

Connu du grand public français pour sa participation à l’émission de télé The islandsur M6, cet ancien membre des forces spéciales sud-africaines part pour deux ans. Pendant ce laps de temps, il espère parcourir 42 000 kilomètres, en passant par le pôle Sud et le pôle Nord.

Teint hâlé, gueule de routard, il progressera à pied, en bateau (avec son voilier Pangaea), en ski de fond, en canoë ou encore à la nage. Il ralliera également certaines zones en 4×4, puis sera en totale autonomie.

Sa première étape le conduira en Namibie. Il passera ensuite, entre autres, par la Nouvelle-Zélande, les îles de Papouasie-Nouvelle-Guinée, l’Himalaya, le Japon ou encore la Russie. Avant ce défi, « l’un des plus grands de (sa) carrière », il a pris le temps de nous expliquer ce qui l’anime, assis sur une confortable banquette du YCM.

 

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Dans quel état d’esprit êtes-vous à moins de deux jours de votre grand départ ?

Comme je le disais à l’une de mes filles tout à l’heure, c’est toujours au moment où tu pars que tu es le plus content. Parce que tu ne peux plus rien changer, tu te lances.

On peut dire que vous êtes impatient ?

Oui, il faut y aller le plus vite possible. Je vais avoir 50 ans cette année. Quand je rentrerai, j’aurai deux ans de plus. Ces expéditions se font dans la nature. Elle aussi, elle change rapidement. Bientôt, je pense que ça ne sera plus possible d’aller au Pôle Nord. La glace fond, ça bouge. Dans le futur, il sera difficile de faire ce genre d’expéditions.

Pole 2 Pole 360 est-il le plus grand défi de votre existence ?

Certainement l’un des plus grands. Quand j’ai décidé de descendre le fleuve Amazone à la nage et en hydrospeed il y a 25 ans, c’était déjà un peu fou. Parce que j’avais très peu de connaissance et d’expérience. Je pense que toutes ces aventures m’ont formé pour ce que j’entreprends aujourd’hui.

Et quand on revient d’une grande expédition, on se sent comment ?

Quand on revient, on est déçu. On n’a plus d’objectif, c’est fini. Souvent, les gens pensent qu’on prend du plaisir à ce moment-là, mais pas du tout.

Qu’est-ce qui pourrait vous empêcher, un jour, de reprendre la route ?

C’est la vie qui doit m’arrêter. Ce n’est pas une décision que j’ai envie de prendre. Je veux continuer les expéditions, en les adaptant à mes capacités.

Pour vous, c’est inconcevable de rester chez vous, sans cette dose d’adrénaline ?

Je le dis souvent : quand je suis à la maison, c’est comme si j’étais presque mort. Même quand je suis avec ma femme que j’aime (il parle d’elle au présent, mais elle est décédée en février 2015) et mes filles (Jessica, 22 ans et Annika, 23 ans). Je suis un aventurier.

Il y a pourtant de plus en plus d’obstacles qui se dressent devant les aventuriers…

C’est sûr. La Terre a changé, l’Homme a changé. Ça devient difficile de partir, parce qu’il y a beaucoup de choses à faire et beaucoup de gens veulent contrôler les choses. Alors, tu dois trouver des solutions pour surpasser ces obstacles que l’homme met devant toi. Ce n’est pas la nature qui les met, c’est l’homme. Aujourd’hui, tu dois créer les conditions de ta propre liberté. Tu ne peux pas la retrouver en passant par les chemins “normaux”.

Comment est né votre projet Pole 2 Pole 360 ?

Je crois que j’avais ce projet en tête depuis que j’ai commencé les expéditions, en fait. Mais chaque nouvelle étape m’a apporté de l’expérience. A chaque fois, les éléments naturels m’ont appris des choses.

Tout à l’heure, vous disiez que l’homme n’invente rien dans la nature et qu’il se contente de copier les animaux…

C’est sûr qu’en mode survie, on n’invente rien. On se contente d’observer, c’est comme ça qu’on trouve des solutions. Pourtant, l’arrogance de l’homme lui fait penser qu’il va mieux savoir se débrouiller qu’un lion, un ours polaire ou des oiseaux.

Comment gère-t-on la solitude dans un tel contexte ?

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, elle est parfois bénéfique. Quand je suis coincé dans une situation, je m’isole, je laisse les moyens technologiques à distance et je finis par trouver la meilleure réponse possible.

Vous avez évoqué votre femme disparue. Penserez-vous souvent à elle pendant votre expédition ?

C’est sûr qu’elle est là, quelque part. Son esprit reste. On avait commencé à préparer cette expédition ensemble. Après sa mort, j’ai voulu renoncer. Et puis mes filles sont venues me voir et elles m’ont dit d’y aller, elles m’ont assuré qu’elles seraient derrière moi. Alors que moi, je pensais que j’allais devoir les protéger, prendre encore plus soin d’elles. Finalement, elles me disent ‘Fous le camp, sois heureux’. Pendant toutes ces années, je croyais qu’elles voulaient que je reste à la maison. Mais en fait, pas du tout ! (il rit)


La progression de Mike Horn est à suivre sur son site officiel et sur les réseaux sociaux avec le hashtag #Pole2Pole.