Comme tout le monde, on se demandait ce que ça allait donner. Rapatrier le Nice Jazz Festival en plein milieu de la ville, sacrilège ou évidence ?
En passant la tête au-dessus des palissades dressées autour des jardins Albert 1er, on a d’abord fait la moue. Evidemment, le cadre est un peu moins atypique, moins authentique. Mais, comme disent les mauvais commerciaux, il faut laisser sa chance au produit. Alors, on a continué notre tour d’horizon. Et on a fini par remballer notre calepin de superviseur à pas cher. Juste quand les premières notes ont commencé à flotter dans l’air, entre le théâtre de Verdure et la scène Massena. Hier soir, il a suffi d’un battement de Seal, d’une voix en or Macy (Gray), pour nous faire oublier les arbres tordus de Cimiez. Récit d’une belle soirée qui en annonce beaucoup d’autres.

19 h 20. C’est le rush à l’espace presse. Tout le monde s’active, se croise et s’entrecroise. Préparation d’une interview, repérages photo, lecture compulsive de biographies d’artistes ? Fausse route. Tous les chemins mènent au buffet et les “collègues” semblent avoir les crocs. Comme on ne balance pas ses petits camarades, on ne dira pas qu’on a été parmi les rares à faire honneur aux bouteilles d’eau. Les serveurs, eux, sont aussi trempés que s’ils avaient amené leurs plateaux à la nage. Les derniers rayons de soleil y vont fort, quand même.

19 h 30. Direction le théâtre de Verdure pour découvrir Jérôme Vinson, lauréat du tremplin off. Tout doucement, l’ambiance se crée. Les allées commencent à être bondées. On se faufile entre des spectateurs de tous les âges, et d’un nombre important de pays différents, si l’on en croit les discussions animées autour des stands d’alimentation. Vous ne nous posez pas la question, mais on vous le dit quand même : ça sent moins le “graillon” que les années précédentes. Ceux qui ont une dent contre les effluves de saucisse grillée apprécieront.

20 h 15. Et voilà, ça recommence. Comme souvent quand plusieurs scènes cohabitent dans un même festival, on peste intérieurement. Certains soirs, ne pas avoir le don d’ubiquité est quand même un sacré handicap. On avance vers la scène Massena, en essayant de prendre des raccourcis pour être relativement près des artistes. Evidemment, d’autres ont eu la même fausse bonne idée. Coup de bol, tout de même : on tombe nez à nez avec Charles Bradley, un soulman de 63 ans qui a autant d’énergie qu’une centrale électrique. Pantalon rouge scintillant, suant à grosses gouttes, il prend le temps de faire quelques photos avec des fans. Classe.

20 h 30. “Allez, dépechez-vous ! Pour une fois qu’un concert démarre à l’heure”, lance une mère de famille à son clan. Elle a raison, la dame. Macy Gray fait dans le genre ponctuel, prête pour le show, réglée comme une horloge. Quand on voit apparaître la crinière afro de la diva black, un mauvais souvenir nous revient. De Cimiez, tiens. D’un soir de 2007 où l’on avait aperçu le fantôme poudré de Lauryn Hill. A la bourre de plus d’une heure, dans une forme… très moyenne, Miss Hill avait dégringolé durant un monologue braillard. Vite, chasser ces images de notre tête. Penser à une autre chanteuse à la chevelure fournie. Bingo : ce sera Sharon Jones, reine d’un concert inoubliable à Jazz à Juan, en 2008. On signerait de suite pour une prestation de ce niveau.

21 h 08.  On devient maniaque avec cette montre, non ? D’autant plus étrange que le temps pourrait bien s’être arrêté. Boa blanc autour du cou, voix inimitable, Macy Gray subjugue les 4 ou 5 000 spectateurs tassés devant elle. La nuit n’est pas encore tombée et les clients du Boscolo Hotel Plaza profitent d’un dernier verre en terrasse. What else ?

21 h 20. Macy est dans la place, personne ne peut lutter. Désolé, Trombone Shorty, mais ce serait trop dur de partir maintenant pour rejoindre le théâtre de Verdure… La chanteuse américaine, soluble dans la soul, le r’n’b et même le hip-hop, assure. Pas besoin d’étiquette, son timbre suffit amplement. “Lately”, un des titres phares de son dernier album, en remet une couche. Pied de micro couvert de strass, la star sait aussi jouer “collectif”, laissant sa choriste mettre le feu dans la foule.

21 h 40. Voilà, c’est fini. Macy Gray a marqué de son empreinte ce festival nouvelle version. Le public a pu reprendre “I try”, hit planétaire qui avait valu un Grammy à Macy, il y a déjà dix ans. Même si la plupart des prétendantes au titre de reine de la soul ont la moitié de son âge, Macy, n’est pas encore à ranger dans la case “granny” (grand-mère en anglais, vous avez révisé les enfants ?).

22 h 20. Les pieds en lambeaux, piétinés par environ trois cents personnes, on a renoncé à faire le chemin nous séparant d’Avishaï Cohen, le contrebassiste israëlien. Promis, demain, nous serons plus jazzy. Bah oui, quand même. Pour le moment, c’est Seal. Blouson rouge près du corps, il déboule dans un torrent de lumière. Cris stridents des quadras et de leurs filles. Normal…

22 h 55. Il fait encore très chaud. C’est évidemment une banalité, mais là on y pense quand même fortement. L’ami Seal y est sans doute pour quelque chose. Avec son démarrage punchy, il a fait monter la température. Puis ça s’adoucit un peu. Seal ressort une des reprises de l’album “Soul”, qui ne manque pas de sel. “It’s a man’s world”, clame-t-il devant un public féminin aux anges. Finauds, les garçons en profitent pour se rapprocher. Sur un malentendu…

23 h 30. L’Anglais continue son tour de chant, un tour de force entre puissance et sensualité. “Knock on wood”, “Love’s divine”, tout y passe. Charmeur, Seal enchaîne quelques phrases en français, demande à la foule de transpirer autant que lui. On va y arriver, on va arriver.

Minuit et quelques minutes. Conclusion en mode “Crazy”, le plus gros succès de Seal. La nuit se terminera dans la douceur, offrant un repos bien mérité aux fans qui ont enchaîné près de cinq heures debout, dans un espace vital réduit. Certains en redemandent encore, veulent voir les beaux yeux de Seal. Devant les loges, on se presse. Il y a ceux qui balancent un regard à travers les portiques, heureux de voir le chanteur quelques instants de plus. Et d’autres, qui terminent par un coup de bluff : “Dites à Seal que son cousin l’attend”.

Article précédemment publié sur hyperlocalnews.fr