“Comment s’habiller pour un concert de rock, mais classe ?”, “Que mettre pour aller aller voir Beyonce en soirée VIP ?”, “Quelle tenue choisir pour le show des Jonas brothers?”. Il faut le lire pour le croire. Et pourtant, sur les forums, ce genre d’interrogations hautement existentielles figure en bonne place. De notre côté, on n’avait jamais abordé la chose sous cet angle, parfois à tort. Cet été, vous remarquerez sans doute que les festivals sont de véritables cours de récréation pour modeux et modeuses impatients d’arborer le look parfait. 

Avoir l’intention de cuire dans une salle de spectacles où les fidèles de Franck Michael auraient l’impression de revivre la tournée “Canicule 2003”, finir trempé jusqu’aux os parce qu’on a voulu de se la jouer trop plagiste dans un contexte inadéquat, débarquer en complet-veston à un gig de Motörhead…
Entre musique, style et bon sens, le grand écart est parfois périlleux. Pourtant, à l’image de ces kyrielles de groupe qui se creusent la tête au moment de décider la pose à prendre pour le shooting de leur pochette (“Bernard, fais semblant de regarder le mur. Manu, prends un air spirituel. Michel, euh… non, rien), le public doit faire un grand effort de réflexion pour trouver la tenue idéale. Et bien souvent, ceux qui s’en défendent sont aussi ceux qui ont passé le plus de temps à voyager dans leur armoire.

Certains blogs de mode  analysent même la chose de manière très sérieuse et pointue. Il faut dire que l’icone de la planète fashion, Kate Moss, a donné le ton en jouant la carte groupie rock-hippie chic à proximité de nombreuses scènes bordées de toilettes chimiques. Du côté du festival californien de Coachella, les people et les wannabe s’éclatent, se font des remakes de Woodstock en fringues de créateurs.
Alors, du côté de notre chère Côte d’Azur, toute aussi futile soit-elle, la question mérite également d’être posée : comment-être le ou la plus belle pour aller guincher ?
Laissons Karl Lagerfeld là où il est (en train de tourner une pub, de manger un grain de riz ou prendre des photos au Kodak jetable) et prenons-les choses en main.

Pour un festival de jazz
Version Jazz à Juan, jouez-là sobre. Pas question d’avaler la trompette comme dirait le grand Jean-Michel Larqué. A deux pas du Cap d’Antibes, au bord de la mer, oubliez vos envies folles. Ce n’est pas parce que Carlos Santana se produira à la pinède Gould qu’il faut forcément ressortir son T-shirt aux motifs psyché et son bandana fétiche. De manière générale, le public (plutôt abonné à “Valeurs actuelles” que “Jeune et jolie”) fait dans le classique. Chemise blanche, robe blanche… Eddie Barclay, sors de ces corps. Les plus audacieux embarquent leur chapeau, s’imaginent en train de cuver dans le Bayou. Mauvais choix. “Il avait le choix entre le chapeau de Bob Dylan et le talent de Bob Dylan. Devinez ce qu’il a choisi…”, balançait Coluche à propos de Daniel Guichard. Vous avez compris le message ?
Pour ce coup-ci, on vous conseille de ne pas vous égarer. Le côté guindé de l’ensemble ne doit pas vous rebuter. Optez pour quelques pièces inspirées du vestiaire preppy, messieurs. Mesdames, osez les robes chics, oubliez les couleurs criardes ou les accessoires à foison.

Pour les Plages électroniques 

 


Pour le coup, c’est plus simple. Tout d’abord parce qu’à Cannes, juste en-dessous du Palais des festivals et du Palais tout court (la boîte qui s’y installe chaque été), c’est un peu le choc des mondes. En essayant de se frayer un chemin sur le sable archi-bondé lors des six soirées au programme, on croisera des stéréotypes vestimentaires assez différents. De la fille à papa toujours scotchée à son Longchamp, au teuffeur avec son inévitable bouteille en plastique blindée de Ricard, en passant par le clône de M.Pokora avec diamants aux oreilles inclus, tout le monde est le bienvenu. Les Plages électros, c’est aussi le seul endroit où l’on peut garder ses lunettes de soleil sans avoir (trop) l’air simplet. Et c’est aussi celui où l’on peut aller piquer une tête dans la Méditerranée pendant un set éléctrisant. Donc les filles, n’oubliez pas votre maillot de bain !

Bien sûr, bannissez tout objet superflu. En embarquant le minimum vital (argent, clés, téléphone), vous éviterez de finir à quatre pattes pour retrouver quelque chose. Entre des milliers de jambes qui s’agitent sur du sable, c’est évidemment mission impossible.
Pensez également à la chaleur. Dans une foule aussi dense, en plein cœur de l’été, il fait très chaud. Mieux vaut le répéter. C’est donc l’occasion de décoller vers Ibiza  pour le prix d’un ticket de TER. Tenues funs, gagesques ou ultra-décontractées bienvenues. Les plus regardants prendront certainement le soin de glisser quelques accessoires flashy et festifs.

Pour les Nuits Carrées
C’est l’un des petits derniers et aussi l’un des plus réussi. Placé avant toutes les autres grandes dates de l’agenda azuréen, le festival des Nuits Carrées  joue entre les genres musicaux, entre hip-hop, soul, electro et…beaucoup d’autres registres. L’histoire se passe devant le Fort Carré, à Antibes. Au bord de la mer, mais pas dans une ambiance aussi plagiste qu’on pourrait le croire. En passant par la case vestiaire, vous aurez le choix. T-shirts graphiques, à message second degré (le premier que l’on voit avec un “Vodka, connecting people” ou un “Porn star” sera fusillé sur le champ), esprit streetwear et old school, influence reggae : tout est permis, à condition de ne pas en faire trop.
Pour vous, mesdemoiselles, c’est le moment ou jamais de vous préparer pour tous les autres soirs qui suivront. Feuilletez les pages des mags féminins (tout en jurant-crachant de ne pas être une victime de la mode), parcourez les sites anglo-saxons et trouvez le bon ton. Faites la guerre aux signes extérieurs de cagolitude et amusez-vous à jouer les princesses décalées, assez libérées pour secouer votre chevelure (ornée d’un bandeau raffiné et girly) une pinte de bière à la main.

Au Festival Pantiero
On y arrive. En août, quand se fera déjà sentir la fin d’un été forcément trop court, il vous restera encore quelques soirées à vous mettre sur la dent. Du côté du Festival Pantiero, on bascule dans un autre registre. Branché ? Assurément. Sur la terrasse du Palais des festivals, on se dit souvent qu’une colonie de vacances spéciale hipsters a dû planter sa tente pas très loin. Mais contrairement aux clubs select qui jalonnent le littoral, on ne vous opposera pas un rédhibitoire “C’est pas possible…” à la porte. Ouf !
Il a quelques années, l’ensemble aurait pu ressembler à une campagne de pub pour la marque American Apparel, avant que celle-ci ne disparaisse, rangée avec le linge sale des hypes précédentes. En marge de la vague fluo kids, on a vu émerger la période revival rock. Puis on est entré dans l’ère “habille-toi comme ta grand-mère et tu sera archi-bonne”. Alors vous comprenez que les mélanges fassent parfois bob au ventre et aux yeux. Quoi qu’il en soit, on est obligé de trouver cette peite comédie rafraichissante, surtout dans une région où le clonage de flambeurs, de vieux beaux et de gogos-poufs est un secteur florissant. Dans un festival où des spécimens comme Ebony Bones, Sébastien Tellier ou TTC, le minimalisme vestimentaire ne pourra jamais être de mise. Alors allez-y gaiement.