Deux jours durant, il avait ramé du côté de Monaco. Nagé à contre-courant dans les ors du Sporting, devant un public qui avait du mal laisser tomber ses couverts pour venir se piquer aux rythmes caliente du guitar hero. Mardi soir à la pinède Gould, pour une nouvelle soirée de prestige à Jazz à Juan, le musicien né au Mexique a dû se dire que les cartes postales montrant une Côte d’Azur aux faux airs de Miami étaient l’œuvre de faussaires. Quelques heures avant le début du show, il pleuvait encore à grosses gouttes sur la baie de Juan-les-Pins. Robert Randolph, programmé en première partie, a été le premier à boire la tasse. Faute de temps pour remettre la scène en ordre, sa prestation a été annulée. Carlos Santana, lui, a déployé toute son énergie pour faire vibrer des spectateurs glacés par le vent violent.

Concert en plein air et météo capricieuse font évidemment rarement bon ménage. Après avoir un temps compromis la soirée de dimanche, où il n’était pas question de faire chanter BB King (86 ans) sous la pluie, le temps a failli envoyer valdinguer une autre légende nommée Santana. Autant dire qu’ils auraient été nombreux à maudire le ciel. Car pour son quatrième passage à la Pinède, le guitariste se préparait à jouer “sold out”. Finalement, c’est Robert Randolph, classé parmi les 100 plus grands guitaristes de tous les temps par le magazine “Rolling Stones” (97e exactement, Santana étant 15e et BB King 3e d’un classement où Jimi Hendrix pointe en tête) qui devait renoncer à son passage sur une scène détrempée.

Un son qui a traversé les générations

En attendant le mythique interprète d’ “Europa”, la foule dévalisait les vendeurs de sandwiches et devisait patiemment. Ceux qui avaient oublié le gros pull à la maison ou celles qui pêchaient par excès de coquetterie allaient le regretter. Un vent à décorner les boeufs calmait les ardeurs des adeptes de la “latin fever”. Dans la foule, on croisait des inconditionnels, vêtus de toute la panoplie estampillée Santana ou “sobrement” venus avec leur plus beau T-shirt psyché. On remarquait aussi que le son inimitable de l’artiste avait franchi le mur des générations sans encombre.

 

Juste devant l’entrée de la fosse, plusieurs photographes maugréaient, un poil scandalisés de devoir signer un contrat en béton pour “shooter” l’idole. Une aubaine pour les personnes assises au premier rang, qui profitaient d’entrée du meilleur angle pour voir débarquer le grand Carlos sur scène. A 22 heures tapantes, la machine était lancée. “Sun Ra” (Spark of the divine) pour commencer. Puis une étonnante reprise de “Back in black”, piochée dans la setlist d’AC/DC. Déjà, on avait identifié ce fameux son Santana. 

Un an de plus pendant la soirée

Par la suite, cette sensation s’amplifiera avec les inévitables “Oye como va”, “Maria Maria” ou encore “Smooth”. De son dernier album, “Guitar heaven : the greatest guitar classics of all times”, Santana extrayait “Sunshine of your love”, de Cream. En vieux routier des festivals, le bon Carlos parvenait à faire oublier les conditions “brestoises” de la soirée, à coup de riffs et et de tempos qui ramenaient un peu de chaleur. Robert Randolph était invité sur la scène, et le concert s’allongeait. Minuit et quelques notes plus tard, Santana venait de prendre un coup de vieux. A vrai dire, il n’y pouvait pas grand chose. Né le 20 juillet, il venait de fêter ses 64 ans. Une guitare à la main, évidemment.

Article précédemment publié sur hyperlocalnews.fr