Son éternelle casquette vissée sur le crâne, Sébastien Hamard est prêt à aller de l’avant. Pour marquer l’entrée des Nuits Carrées dans leur deuxième décennie d’existence, le fondateur de l’événement antibois a décidé de lui donner un nouvel élan avec l’ajout d’une troisième soirée.

Et plutôt que d’allonger la sauce autour d’une recette qui a fait ses preuves, Sébastien a choisi de guider sa fine équipe vers les esthétiques rock.

Pour sa 11e édition (du 29 juin au 1er juillet 2017 au Fort Carré), le Festival Nuits Carrées fera donc dans la pop raffinée et la black music, comme d’habitude. Mais pour la première fois, elle fera aussi de la place aux amateurs de hard et de metal.

Posted by Nuits Carrées on Freitag, 6. Januar 2017

 

N’allez surtout pas croire qu’il s’agisse de faire les poches aux mélomanes vêtus de noir en toute circonstance. Sébastien Hamard l’affirme : il souhaite installer dans le paysage ce rendez-vous assez inattendu sur la Côte d’Azur.

Dans son bureau du quartier de la Croix-Rouge, il a pris le temps de regarder dans le rétro en notre compagnie, avant de passer en revue les troupes convoquées pour ces Nuits Carrées qui nous mettent déjà l’eau à la bouche. Entretien.

L'homme sans qui tout ça n'aurait jamais vu le jour. L'homme qui chapeaute tout. LA Tête Carrée !

Posted by Nuits Carrées on Montag, 6. Juli 2015


Les Nuits carrées ont passé le cap des dix ans. Ça t’inspire quoi ?

C’est génial d’en arriver là. On a été patients, on a pris le temps de consolider vraiment l’événement, en conservant toujours les fondamentaux : une politique tarifaire accessible à tous, une programmation de très haut niveau et un lieu (l’amphithéâtre du Fort-Carré) sur lequel on a capitalisé. On a voulu créer un lieu de vie musical à ciel ouvert et pas une salle de concerts en plein air.

Tu pensais que le festival vivrait aussi longtemps ?

Je me suis jamais projeté aussi loin, franchement. La seule chose que je me disais, c’est que si on durait, on finirait par être peinards. Evidemment, c’est une grosse connerie. Plus ça avance, plus c’est compliqué.

Parfois, on peut avoir envie de croire que le public est acquis, mais pas tant que ça. Souvent, les spectateurs sont vus comme des machines à cash, faut pas se voiler la face. Moi, j’ai envie de les mettre au centre de la réflexion.

Pas envie de viser plus grand ou plus gros ?

Je veux pas que le festival grossisse en taille. Pourtant, l’an dernier, on a dû refuser 1 500 personnes sur la soirée d’Oxmo Puccino et Chinese Man. Avec une jauge à 3 500 spectateurs, tu peux garder un rapport humain avec le public et les partenaires. Chacun a sa place sur le territoire.

Posted by Nuits Carrées on Donnerstag, 30. Juni 2016

 

Et la vôtre, elle se situe où exactement ?

Il y a de très gros producteurs et la plus grande erreur, ce serait d’essayer de les imiter. On n’en a pas les moyens ni les épaules. Alors, moi, je veux vraiment développer le propos artistique et renforcer l’idée d’utilité sociale. Pas question de jouer les Bisounours, on connait la réalité du marché de la musique. C’est la même pour tout le monde, mais on peut essayer d’avoir un côté hybride. C’est pas « ou l’un ou autre ».

Au fil du temps, le visage de l’événement a quand même évolué. Et ça continue…

Oui, on s’est remis en question parce que l’offre du territoire évolue, le mode de consommation de la culture évolue aussi. Et là, après avoir construit pendant dix ans, c’était une belle occasion de rajouter une troisième soirée. Ça faisait longtemps qu’on nous le demandait. Mais je voulais le faire uniquement si je trouvais du sens. Je ne voyais pas l’intérêt de faire un copier-coller des deux autres.

Bon, mais ce qui est sûr, c’est que tu n’as pas choisi la facilité en allant vers le rock, le hard et le metal…

Eh ben moi, ce choix, je le trouve évident. L’offre electro existe, l’offre musiques actuelles existe, l’offre world aussi. En revanche, le secteur du rock alternatif, qui est archi-dynamique durant l’année, était complètement délaissé par les festivals en Paca.

Alors qu’il y a des salles comme le Rat’s à Puget-sur-Argens ou l’Altherax à Nice qui font un travail de sape durant toute l’année et qui ont un public fidèle. Ce sont des petites jauges, mais ça fonctionne. On s’est dit qu’il fallait offrir un événement d’envergure à ces esthétiques rock, tout en créant un vrai relais professionnel.

Pour cette première, il fallait frapper fort pour marquer les esprits ?

Ce qui est certain, c’est qu’on va attirer des gens qui n’ont jamais mis les pieds aux Nuits Carrées, où on était plutôt pop et black music. Cette mixité des publics, c’est ce qui a motivé la construction de cette soirée. Je ne voulais pas faire un rendez-vous 100% metal ou hard. Il fallait mêler les esthétiques pour toucher des gens très différents. Et surtout, trouver du lourd pour ne pas qu’on pense qu’on allait faire le truc facile, avec les deux-trois trucs boudés par le public metal.

Alors, satisfait de ton plateau ?

C’est un mini Hellfest au pied du Fort-Carré. Le projet Klone ouvrira la soirée, il fait bien parler en ce moment avec son unplugged. On enchainera avec Trust, le premier nom qu’on a annoncé cette année.

Ensuite, on montera en température avec Sepultura et on clôturera avec le phénomène Carpenter Brut, assez attendu dans le coin. On aura vraiment quatre styles différents. On fera également jouer deux formations qui auront remporté un tremplin organisé les 10 et 11 mai au Rat’s et à l’Altherax.

Du coup, cette soirée rock reviendra chaque année maintenant ?

Ah moi, je veux la garder ! Le but, c’est de l’installer, pas de faire un one shot. On a beaucoup travaillé pour ça. C’est la date qui nous a pris le plus de temps et on tentera de monter en régime par la suite.

Pas trop compliqué de débarquer dans ce milieu que tu ne connaissais pas vraiment ?

J’ai découvert un nouveau monde, vraiment. Evidemment, il y a des similitudes avec l’industrie dans laquelle on évolue, mais ça fonctionne différemment. Il y a beaucoup moins d’agents, de filtres. C’est beaucoup plus décontracté et c’est plutôt chouette. Et l’économie est presque parallèle.

Des groupes énormes, qui se font tous les plus gros festivals du monde chaque été, tu vas les retrouver dans des clubs pourraves le reste du temps. Du coup, on peut mettre la main sur des très gros noms grâce à une proposition plus intime.

Sepultura, c’est parti de photos du site du Fort-Carré qu’on a envoyées à leur agent… Il a craqué sur le truc et il était sûr que ça leur plairait.

Passons aux deux autres dates des Nuits Carrées 2017. On te laisse dérouler le programme…

Le jeudi sera plutôt orienté pop. On a Kid Francescoli, un projet marseillais qui est en train de monter en puissance. Ensuite, on aura le retour de Fràncois & The Atlas Mountain, qui fait une belle impression avec son album Solide mirage.

Puis le gros show de Wax Tailor, le dernier nom qui manquait pour compléter la prog’ (il a été dévoilé aujourd’hui à 14 heures, NDLR). Et on finira avec French 79, qui fait partie de la même clique que Kid Francescoli et qui est attendu aussi. On l’a vu à la MJC Picaud l’automne dernier.

On peut dire que c’est l’affiche qui colle le plus à l’image habituelle du festival, non ?

Elle nous ressemble beaucoup, oui. Mais celle de vendredi aussi, avec une dominante black music. J’en suis pas peu fier. On ouvre avec Siska, notre coup de cœur du dispositif découverte de l’an dernier. Puis on fera revenir Gaël Faye, six ans après sa venue avec Milk, Coffee and Sugar.

Il vient de faire un raz-de-marée littéraire avec son premier roman, Petit pays. Il a reçu plein de prix, dont le Goncourt des lycéens. Et il débarque avec un nouvel EP qui s’appelle Rythmes et botanique. Ça va être une énorme tuerie. Sur scène, il sera accompagné par le musicien Guillaume Poncelet et le producteur Blanka, de Jukebox Champion, La Fine Equipe, etc.

Il y a un nom qui attire encore plus l’attention, c’est celui de Kery James…

Le tant attendu Kery James ! Il devait passer à Cannes au mois de mars, mais son concert a été annulé. Ce sera plus qu’une séance de rattrapage. On a déjà fait venir IAM, Oxmo Puccino, il y a toujours du hip-hop chez nous. Peut-être que Kery est un peu moins consensuel, plus engagé. Mais on le voit en ce moment, c’est un artiste majeur.

Il fait un show absolument génial en live band. Il y a un vrai truc autour de lui. Et pour ma part, je pense qu’il touche un public aussi large qu’Oxmo ou IAM. Après, c’est sûr qu’il ne parle pas aux très jeunes, parce que le propos est trop construit.

Après Kery, on aura DJ Pone pour refermer la soirée. A l’automne dernier, il a sorti son premier album solo après avoir beaucoup tourné avec Birdy Nam Nam. Ça aussi, ça va être énorme.