Amateur d’art contemporain et de street art, il a fait « descendre » de Paris deux artistes qu’il expose, Stew et Retro. En deux jours, ils ont dû trouver une idée, élaborer des croquis et appréhender la surface sur laquelle ils allaient pouvoir laisser parler leur imaginaire.

Techniciens de (grandes) surfaces

25 mètres sur 2 mètres de haut chacun, avec la nécessité de trouver une certaine cohérence dans leurs œuvres. Pas évident quand on ne se connaît pas, comme Stew et Retro. Mais le duo en a vu d’autres.

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Fresque

Originaire de Vitry, une ville du Val-de-Marne souvent considérée comme la capitale officieuse du street art français, Stew a l’habitude d’étaler ses motifs japonisants sur d’immenses surfaces. Dans le 13e arrondissement de Paris, son Heron bleuté trône ainsi majestueusement sur une façade de 45 mètres. Il a également eu l’opportunité de participer au projet Tour Paris 13.

 

 

Retro, lui, arpente les rues pour y poser ses imbrications de lettrages complexes, en puisant son inspiration dans le graphisme et les typographies américaines des années 50-60. En plus de ses réalisations « sauvages », il a collaboré avec plusieurs marques et événements comme Converse ou les Masters de tennis de Bercy.

Stew, la poésie dans la ville

Lors de notre passage, vendredi en milieu de journée, les deux hommes s’activaient avec application, à quelques heures de la fin du compte à rebours (à 18 heures, la rue allait être rouverte à la circulation).

On s’en voulait un peu de les détourner de leur mission, mais tant pis. Il aurait été dommage de ne pas savoir qui se cachait derrière ces fresques qui resteront en place au moins 4 à 5 mois du côté de l’ancienne bibliothèque municipale.

Chevelure hirsute, barbe sombre et regard doux, Stew (Steven pour l’état civil) nous salue. « Je vous sers pas la main », lance-t-il en nous montrant deux paluches recouvertes de couleurs. Cela fait déjà deux décennies que le Vitriot de 36 ans a commencé à dessiner, bomber, coller, pocher.

Stew

Pour ce projet niçois, il a décidé de mettre « de la poésie dans la ville ». Ça tombe bien puisqu’il est en plein dans une série dédiée aux amoureux.

 

 

Armé d’un pochoir, il agrémente son pan de mur avec de nombreux motifs. On lui demande d’où lui vient ce goût pour l’art asiatique, dans lequel il semble puiser abondamment (sa signature ressemble d’ailleurs au tampon à l’encre rouge que l’on peut retrouver sur certains gâteaux chinois).

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« J’y ai réfléchi récemment, c’est une histoire de famille en fait. Quand j’étais petit, je venais à Nice, chez ma grand-mère. Avec mon grand-père, elle voyageait beaucoup. Et en fait, je dormais dans une chambre entièrement décorée dans le style asiatique. C’est quelque chose dont je me suis imprégné apparemment, tout comme la culture manga, que j’aime beaucoup. Et les estampes japonaises, que je collectionne et que je pille », sourit Stew.

 

A la bombe, il parvient à dessiner des formes rondes, sereines. La technique paraît intuitive et rapide, mais elle demande une certaine maîtrise.

 

 

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Retro, le graffiti « rétrofuturiste » pour tous

A quelques mètres de là, Retro (David) poursuit son graffiti, avec un sens tout particulier du détail. Appliqué, il suit les lignes qu’il a préalablement tracées sur les planches de bois brut. Barbe bien taillée, hoodie marron sur le dos et lunettes de soleil sur le nez, ce graphiste de profession (il ne vit pas encore de ses créations) a le geste sûr de ceux qui répètent leurs gammes sans relâche.

 

 

Avenant, l’homme n’est en revanche pas très chaud pour se faire tirer le portrait. Pas par coquetterie ni par volonté de la jouer Daft Punk ou Banksy. Juste pour coller à l’esprit « rétrofuturiste », avec une identité qui naviguerait entre les époques. « Une façon d’imaginer un présent parallèle, à partir d’une progression technologique ayant évolué différemment depuis plusieurs décennies », peut-on lire sur son site.

Retro

Dit comme cela, le concept pourrait paraître un brin pompeux et à même de faire fuir le profane, pour qui street art et tags vandales peuvent parfois ne faire qu’un. Mais Retro chasse vite cette impression :

 

 

Cette dimension collective, il dit également l’apprécier quand il s’agit de créer en compagnie de plusieurs artistes, dont les influences et les techniques divergent.

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« J’ai l’habitude de travailler à plusieurs sur ce genre de support. On commence par tracer de grandes lignes et on repasse dessus, on s’adapte aux autres. C’est un vrai travail global, on oublie complètement l’aspect ‘mise en avant de l’égo’, assez présente dans le graffiti. »

 

Beau joueur, il offre même quelques pistes de lecture de son travail à ceux qui iront flâner du côté de la rue Foncet :

 

« Je voulais un rendu assez sobre et simple. Avec une telle surface à couvrir en l’espace de deux jours, il fallait aller à l’essentiel. Du blanc, du noir, avec un peu de rouge pour amener de la chaleur. Il n’y a pas forcément de message particulier. […] J’essaie de rendre le graffiti un peu moins ‘agressif’ pour les novices, pour qu’il puissent voir ce qu’il y a derrière. »

 

 

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