Il y a plusieurs façons de voir le Festival de Cannes. Devant sa télé, en lâchant des commentaires sur les tenues  et la plastique des uns et des autres.  Ou bien en déambulant sur la Croisette, les yeux rivés sur tous ces endroits où on n’entre jamais, en lâchant de temps à autre un : “Tu crois qu’on va croiser des stars ?” Et puis, un soir, on est invité. On gagne le droit de pointer ses souliers vernis sur ce tapis qui cristallise tous les regards ou les rejets pendant deux semaines de mai.

Pour deux amis et moi, c’est le baptême du feu. Sapés comme jamais. Costard, nœud pap’, chaussures cirées avec application. Quatrième membre de notre équipe : une autre amie, rodée aux mondanités du FIF.

On est jeudi. Ce soir, on a rendez-vous avec Xavier Dolan pour Juste la fin du monde. Séance de 22 heures. La horde de photographes est un peu sur les rotules, mais ces sacrées marches recouvertes de moquette rouge (classe la moquette, hein) sont toujours au centre de l’attention.

Comme on est VIP, mais pas trop, on doit aller récupérer nos invitations, l’équivalent du Golden ticket dans Charlie et la chocolaterie, auprès d’un membre de l’organisation. Le fameux proche qui nous permet de nous retrouver là. Respect éternel.

Sex symbol. Ou pas

On longe le Palais bunkerisé. Et là, je me dis que je dois être un peu classe dans ma tenue de gala. Parce que quand même, certaines demoiselles me regardent avec insistance. L’une d’elles glisse plus ou moins discrètement à sa pote : “Regarde où ils vont, j’ai entendu qu’ils allaient chercher des tickets.”

Petit accroc à mon ego. Mais tant pis : on va rentrer dans l’Auditorium Louis-Lumière et les rapaces endimanchés n’auront pas nos précieux billets. Même ces “fans de cinéma” équipées d’une pancarte “Invitations contre faveurs sexuelles”.

Xav’, nous voilà. Enfin presque. Une fois nos billets en mains, on frétille comme de la poutine. On va les monter, ces marches ! Enfin presque. Alors que Robert De Niro, Ryan Gosling ou Kristen Stewart ont défilé comme des rois depuis le début de l’allée, sous les crépitements des flashes et les cris, on a le droit à la version courte.

On nous guide directement vers les marches “finales”. On se contente d’un selfie (ça fera toujours râler quelques connaissances) avant d’être expédiés à l’intérieur par les bodyguards. Du strass, des paillettes, ok. Mais faut que ça avance, comme dans une file à la caisse de Leclerc.

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Catherine et Liliane aux premières loges

Nous pénétrons dans la très, voire trop, grande salle du palais des festivals. Face à nous d’interminables files de sièges se succèdent. C’est un peu grandeur et décadence. Le glamour des marches se transforme en usine de la projection. En attendant les stars, on cuit sous des projecteurs beaucoup trop puissants.

Le public est installé, place aux célébrités. Un speaker annonce chaque nom.  Tiens, ça rappelle un peu les matches de l’OGC Nice. Mais on s’égare… A côté de nous, des clônes de Catherine et Liliane. Les commentaires fusent. “Elle est trop belle ce soir”. C’est pour Léa Seydoux. “La barbe lui va trop bien”. C’est pour Vincent Cassel. Et un cinglant : “Rien qu’à la voir, elle m’est insupportable”. C’est pour Marion Cotillard.

L’équipe du film entre. Les acteurs mais surtout Xavier Dolan sont très applaudis. Les lumières s’éteignent, la magie du 7ème art peut opérer.  1 h 35 plus tard, les lumières sont rallumées. Standing ovation méritée pour le réalisateur québécois.

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Perchoir chic, open bar et film finlandais

Pour Dolan et son équipe, la nuit sera belle. La notre aussi, on l’espère. On sait que la plupart des cerbères ne nous laisseront pas entrer, mais on croit en notre bonne étoile.

Bon, en vrai, on mise tout sur notre “bienfaiteur” du soir qui nous a dégoté les invitations pour la projection. Et grâce à lui, on se retrouve dans une soirée donnée en l’honneur d’un film finlandais, Hymylevä Mies, un biopic sur le boxeur Olli Mäki, en compétition dans la catégorie Un certain regard.

Acteurs, producteurs et distributeurs sont rassemblés au Silencio, déclinaison cannoise du club select qui porte la patte de David Lynch à Paris.

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Une pure découverte, et pas seulement parce que c’était open bar. Du toit d’un immeuble de la rue des Belges, on surplombe la ville. D’un coup, on devient super fan du cinéma finlandais. Et beaucoup moins des ambiances clubbing bling façon Gotha.

De notre perchoir chic envoûtant, on découvre de nouveaux accents, on en viendrait même à se sentir un peu important.  C’est assez plaisant. Ce n’est pas la “vraie vie”, on le sait. Mais on fera tout pour replonger dedans l’an prochain.