Dans deux semaines, la Française sera sous les feux des projecteurs aux Oscars, où elle prétendra au titre de meilleure actrice. C’est dans un autre registre que le public de l’Auditorium Rainier-III la découvrira dimanche. Avec l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo, elle se produira dans l’oratorio « Jeanne d’Arc au bûcher ». Nous avons pu nous glisser dans la salle pendant les répétitions, cet après-midi.

Il est un peu plus de 16 heures. Le Premier chef invité du philharmonique de Monte-Carlo (il le dirige quatre semaines dans l’année), Kazuki Yamada rappelle ses troupes après une courte pause. Certains n’ont pas quitté la scène et font leurs gammes. De la méthode, de la concentration et un peu de légèreté, tout de même : un enfant de passage fait entendre sa petite voix dans le concert d’instruments qui s’accordent.

 

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Marion Cotillard arrive d’un bon pas et prend place devant un pupitre, juste à côté de Yamada. Chemisier à pois blanc, pantalon noir, queue de cheval, la « Môme » offre un joli sourire à son voisin de droite, Eric Genovese, sociétaire de la Comédie française.

 

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Se glisser dans la peau et l’esprit de Jeanne…

Puis en l’espace de quelques secondes, le visage de la brune au regard bleu porcelaine se tend. Au travail. Se glisser dans la peau et dans l’esprit de Jeanne. Faire le vide, oublier le cliquetis des appareils photo, autorisés pendant une poignée de minutes.

Les premiers mouvements de l’œuvre créée par Arthur Honegger résonnent, tandis que Marion Cotillard est encore plongée dans sa partition. En un peu plus d’une heure et quart, onze scènes représentant les derniers instants de la vie de la Pucelle d’Orléans seront passées en revue.

 

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« Hérétique ! Sorcière ! Relapse ! », tonnent les voix dans le cerveau torturé de Jeanne d’Arc, rongée par l’inquiétude et promise aux flammes. Le corps frêle et tendu de Marion Cotillard se hisse au-dessus du pupitre. Ses cordes vocales laissent filer des phrases exaltées, puis désespérées.

Kazuki Yamada guide son orchestre et distribue la parole aux acteurs du premier rang, utilisés comme des instruments dans cet ensemble puissant. Les yeux de Marion s’embuent, une larme coule sur sa joue. Les instruments à cordes accompagnent sa complainte. Et Yamada les fait baisser d’intensité, avant de les retenir en suspens. Fin de la répétition.

 

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…Et passer par la case « presse »

Le temps de souffler et une partie de l’équipe qui se produira dimanche prend place sur des fauteuils en cuir blanc. Installés dans un hall de l’auditorium, ils se présentent pour point presse en petit comité. A côté, une chaîne de télé peste, elle n’aura pas « son » moment avec l’actrice vedette.

Quelques minutes avant, d’autres confrères ne savaient pas trop sur quel pied danser, échaudés par les récentes déclarations de Miss Cotillard à propos des médias de son pays. Des consignes avaient été données auparavant. Elle était ici pour parler de « Jeanne d’Arc au bûcher », pas d’autre chose.

Finalement, la Française en lice pour un deuxième Oscar est dans de bonnes dispositions, résolument collective. Accompagnée d’Eric Genovese, Christian Gonon et Kazuki Yamada (qui s’exprime en anglais), elle partage volontiers la parole avec eux.

« Quelque chose dans le corps que je n’avais pas ressenti auparavant »

Tous semblent prendre du plaisir à cohabiter sur les planches. Marion Cotillard, qui a déjà interprété Jeanne d’Arc à Orléans et à Barcelone, la découvre sous un nouveau jour.

« A Monaco, on sera en version concert. A Paris et à New York, ce sera différent, il y a aura plus de mise en scène. Grâce à ce travail, on peut approfondir tous les niveaux de lecture de l’œuvre. Mais dans cette configuration concert, maintenant, il se passe quand même quelque chose dans le corps que je n’avais pas ressenti auparavant.

Eric Genovese est sur la même longueur d’onde :

 « La fin est magnifique, les paroles et la musique sont sublimes. Après la fin de la représentation, l’émotion nous suit un moment. Et aujourd’hui, on l’a vraiment constaté dans les derniers instants de la répétition, quand Kazuki a amené le silence. « 

Et même si elle gravite désormais dans les hautes sphères du cinéma, Marion Cotillard conserve une certaine humilité quand il s’agit de se produire sans filets devant un public.

« Je n’ai pas fait beaucoup de théâtre, j’ai toujours peur qu’on ne m’entende pas. D’autant plus qu’il y a un orchestre derrière. Il faut faire preuve d’attention pour respecter le rythme donné à l’œuvre par Honegger et Claudel. Il raconte quelque chose, il donne une certaine énergie au personnage. »